La Société sucrière du Cameroun (Sosucam), filiale du groupe français Somdia, a clôturé l’année 2024 avec des pertes estimées à 22 milliards de FCFA, un chiffre alarmant qui reflète les multiples défis auxquels l’entreprise est confrontée. Ces résultats, confirmés lors d’une conférence de presse par Jean-François Ntsama Etoundi, directeur général adjoint, s’inscrivent dans la continuité des difficultés financières rencontrées ces dernières années, avec 15 milliards de FCFA de pertes déjà enregistrées en 2023.
L’un des principaux facteurs expliquant ces pertes réside dans la production bien inférieure aux prévisions. Alors que la Sosucam tablait sur une production de 90 000 tonnes de sucre pour 2024, la campagne sucrière s’est soldée par une production réelle avoisinant 70 000 tonnes. La hausse du coût des intrants, l’augmentation de la fiscalité et des ventes inférieures aux attentes ont accentué les difficultés financières de l’entreprise.
En parallèle, la crise de 2021, marquée par une saison sèche particulièrement sévère, a eu des répercussions prolongées sur la rentabilité de l’entreprise. Cette situation a conduit à une série de restructurations, dont le licenciement de 430 employés depuis 2021, dans le cadre d’un plan social visant à réduire les coûts d’exploitation.
Lire aussi : Sosucam : Les raisons de la colère des coupeurs de canne et les tensions sociales persistantes
L’année 2024 a été marquée par une crise sociale sans précédent, qui a paralysé l’entreprise pendant près de deux semaines en pleine campagne sucrière. Entre le 26 janvier et le 8 février, des coupeurs de canne, mécontents de leurs conditions de travail, ont déclenché une grève qui a dégénéré en émeutes, provoquant l’incendie de 1 000 hectares de plantations et la perte de 50 000 tonnes de canne à sucre.
À l’issue des négociations avec la direction, une légère revalorisation salariale a été accordée, portant le salaire horaire de 280 FCFA à 285 FCFA. Cependant, cette augmentation a été jugée insuffisante par une partie des travailleurs, provoquant une désertion des plantations. Pour combler ce déficit de main-d’œuvre, la Sosucam a dû procéder au recrutement de 600 nouveaux coupeurs de canne.
Leader du marché du sucre au Cameroun, la Sosucam, créée en 1965, est détenue à 74 % par le groupe Somdia et à 26 % par l’État camerounais. L’entreprise emploie 8 000 personnes directement et indirectement, avec une masse salariale annuelle de 14 milliards de FCFA.
Malgré ce positionnement stratégique, la production de l’entreprise demeure largement insuffisante pour couvrir la demande nationale de 300 000 tonnes de sucre par an. Cette incapacité pousse régulièrement le gouvernement à autoriser des importations pour combler le déficit, ce qui fragilise davantage la compétitivité de la Sosucam.
L’année 2025 s’annonce tout aussi complexe pour l’entreprise, qui devra faire face à des défis majeurs : améliorer sa rentabilité, stabiliser son climat social et accroître sa production pour limiter la dépendance aux importations.










































