Trois semaines après la grève des coupeurs de canne de la Société Sucrière du Cameroun (Sosucam), la situation reste tendue sur les sites sucriers de Mbandjock et Nkoteng. Selon la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (CSTC), près de 600 travailleurs n’ont toujours pas repris le travail, exprimant un profond sentiment d’injustice et de désillusion face aux faibles avancées obtenues après leur mobilisation.
Le cœur du conflit repose sur la revalorisation du salaire de base, une demande phare des coupeurs de canne. Avant les émeutes, le salaire de base était de 280 FCFA de l’heure, soit environ 56 000 FCFA par mois pour 25 jours de travail à raison de 8 heures par jour. Après la grève, une légère augmentation a été accordée, portant l’heure de travail à 285 FCFA, ce qui ne représente qu’une hausse marginale.
Les travailleurs réclamaient une augmentation plus significative, souhaitant voir leur salaire horaire passer à 525 FCFA, soit un salaire de base de 105 000 FCFA par mois. En y ajoutant les primes de performance et les tâches supplémentaires, un coupeur de canne aurait pu atteindre 200 000 FCFA mensuels sans devoir fournir d’efforts surhumains.
Cependant, la direction de la Sosucam a rejeté cette revendication, arguant que les rémunérations déjà versées dépassaient le SMIG agricole camerounais, fixé à 45 000 FCFA. Selon Jean-François Ntsama-Etoundi, directeur général adjoint de la Sosucam, un coupeur en catégorie d’entrée (Manœuvre 2A) perçoit en moyenne 105 000 FCFA mensuels, incluant diverses primes.
Au-delà des salaires, les coupeurs de canne dénoncent des conditions de travail de plus en plus pénibles. Certaines parcelles n’avaient pas été récoltées depuis deux ans, rendant la canne plus longue et plus dure à couper, ce qui augmente la difficulté du travail. Les ouvriers demandaient donc une réduction de la tâche quotidienne de 300 mètres à 200 mètres, une requête également refusée par la direction.
Si la frustration des coupeurs couvait depuis plusieurs mois, le point de rupture est survenu le 26 janvier, lorsque les avances sur salaire ont été retardées. Depuis quelques mois, les salaires sont versés via transfert mobile par MTN et Orange, une pratique qui suscite déjà du mécontentement en raison des frais de transaction non expliqués.
Les travailleurs attendaient leur paie pour organiser la fête du coq, une célébration importante au Cameroun. Le retard de 24 heures dans le paiement a déclenché une colère incontrôlable, exacerbée par le sentiment d’injustice accumulé. Ce qui n’était au départ qu’une manifestation pacifique a dégénéré en émeutes, avec des incendies de plantations, des destructions d’équipements et des violences entre manifestants et forces de l’ordre.
Le bilan humain est lourd : Gaston Djora, un ouvrier coupeur de canne, a perdu la vie lors des affrontements. La direction estime les pertes à cinq milliards FCFA, avec 1 000 hectares de plantations brûlés et 50 000 tonnes de canne à sucre perdues.
Leader du marché sucrier camerounais, la Sosucam, détenue à 74 % par le groupe Somdia et à 26 % par l’État camerounais, peine à maintenir sa production face à une demande nationale de 300 000 tonnes de sucre par an. Avec une production de seulement 70 000 tonnes en 2024, bien en deçà des prévisions, la crise sociale ajoute une pression supplémentaire sur l’entreprise.
Si les tensions sociales ne sont pas apaisées et que les conditions de travail ne s’améliorent pas, la viabilité de la Sosucam pourrait être sérieusement menacée, renforçant la nécessité pour le Cameroun de recourir à des importations de sucre pour combler le déficit.








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