Depuis début mars, le Niger fait face à une pénurie d’essence inédite, affectant l’ensemble du pays, y compris la capitale Niamey. Les stations-service sont vides et les automobilistes peinent à trouver du carburant.
« Nos réservoirs sont à sec depuis trois jours. Personne ne sait quand nous serons réapprovisionnés », s’inquiète Mohamed, gérant d’une station-service.
Des scènes de Nigériens poussant leurs motos ou portant des bidons vides dans les rues sous une chaleur accablante sont devenues courantes. La rareté du carburant a ralenti les déplacements et perturbé les activités économiques essentielles.
Malgré sa production pétrolière, le Niger dépendait largement des importations de carburant en provenance du Nigeria, qui représentaient jusqu’à 50 % de la consommation nationale. Toutefois, cette source s’est tarie après que le président nigérian Bola Tinubu a mis fin aux subventions sur le carburant en 2023, multipliant les prix par trois et réduisant le trafic illégal vers le Niger.
En parallèle, la raffinerie de Soraz à Zinder, la seule du pays, ne parvient pas à répondre à la demande intérieure croissante. Elle ne livre que 25 camions-citernes d’essence par jour à la Société nationale nigérienne des produits pétroliers (Sonidep), alors que les besoins quotidiens sont jusqu’à deux fois supérieurs.
Depuis un an, le Niger importe du carburant du Nigeria, mais cette solution ne suffit plus à combler le déficit.
Pour faire face à cette crise, la Sonidep annonce que des stocks de carburant disponibles au port de Lomé (Togo) seront acheminés vers Niamey sous escorte militaire. Le convoi devra traverser l’est du Burkina Faso, une zone instable en raison des attaques jihadistes.
Cette crise met en lumière les fragilités structurelles du marché de l’énergie nigérien, malgré les exportations de pétrole brut vers le Bénin via un oléoduc reliant Agadem au port de Seme-Kpodji. Ces exportations ont d’ailleurs été perturbées ces derniers mois par des tensions diplomatiques entre le régime militaire nigérien et Cotonou.
L’actuelle pénurie est aussi le résultat d’une hausse de la consommation provoquée par la baisse des prix du carburant décidée par la junte militaire au pouvoir depuis 2023. Cette décision, bien qu’ayant bénéficié aux ménages et aux entreprises, a exacerbé la pression sur les stocks.
Pour éviter que cette situation ne se répète, le Niger doit repenser son modèle d’approvisionnement en carburant. Cela pourrait passer par un renforcement des capacités de la raffinerie de Soraz, une négociation d’accords d’importation plus stables ou encore une meilleure gestion des exportations de pétrole brut afin d’assurer un approvisionnement régulier pour la consommation nationale.
En attendant, les Nigériens restent dans l’incertitude, espérant un réapprovisionnement rapide pour éviter une paralysie totale du pays.









































