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Actualité Analyses et Opinions

Tchad : une croissance de 5,6 % en 2025, mais des défis structurels persistants

Manuel H. par Manuel H.
2 octobre 2026
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L’économie tchadienne a enregistré une croissance de 5,6 % en 2025, portée par le dynamisme des secteurs pétrolier et non pétrolier. Cette performance s’accompagne d’une amélioration de la situation alimentaire et d’un recul du taux de pauvreté. Toutefois, le pays reste confronté à des fragilités structurelles importantes : dépendance aux hydrocarbures, faible productivité agricole, précarité de l’emploi et vulnérabilité du système financier. Selon le Baromètre économique de la CEMAC de juillet 2026, ces contraintes continuent de peser sur les perspectives de développement du Tchad.

Une croissance économique de 5,6 % portée par le pétrole et l’agriculture

L’économie tchadienne a progressé de 5,6 % en 2025, soit une hausse du PIB réel par habitant de 2,1 %. Cette évolution repose sur la bonne tenue des activités pétrolières et non pétrolières.

Le secteur pétrolier a enregistré une croissance de 6,6 %, soutenue par l’intensification des activités d’extraction. Parallèlement, le secteur non pétrolier a progressé de 5,5 %, grâce notamment aux mines et à l’agriculture.

Du côté de l’offre, l’agriculture a contribué à hauteur de 1,9 point de pourcentage à la croissance, suivie de l’industrie avec 1,8 point et des services avec 1,6 point.

Du côté de la demande, les exportations ont constitué le principal moteur de l’activité, avec une contribution de 3,4 points de pourcentage. La consommation privée a également soutenu la croissance, à hauteur de 2,4 points, notamment dans un contexte de demande accrue liée à la présence des populations réfugiées.

Ces performances témoignent d’une dynamique économique favorable. Elles ne suffisent cependant pas à écarter les vulnérabilités liées à la structure productive du pays.

Une dépendance pétrolière qui expose l’économie aux chocs extérieurs

Malgré l’expansion récente des activités non pétrolières, le pétrole conserve une place déterminante dans l’économie tchadienne.

En 2024, le secteur représentait :

  • 14,3 % du produit intérieur brut ;
  • 51,8 % des recettes fiscales ;
  • 65,3 % des exportations.

Cette concentration expose les finances publiques et les recettes extérieures aux fluctuations des cours internationaux des hydrocarbures.

La hausse des prix mondiaux de l’énergie consécutive au conflit au Moyen-Orient peut soutenir les recettes pétrolières du pays. Toutefois, cette conjoncture favorable ne supprime pas les risques associés à une économie fortement dépendante d’une seule ressource.

La diversification économique demeure donc un enjeu majeur pour renforcer la résilience du Tchad et réduire sa vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Agriculture : un secteur essentiel, mais vulnérable aux chocs climatiques

En dehors du pétrole, l’agriculture pluviale occupe une place centrale dans l’économie tchadienne. Elle représente environ 40 % du PIB non pétrolier selon les données communiquées.

Cependant, sa productivité demeure faible et les activités agricoles restent fortement exposées aux aléas climatiques.

Cette vulnérabilité constitue un risque pour la sécurité alimentaire, les revenus ruraux et la stabilité de la croissance.

En 2025, l’amélioration de la production agricole et des disponibilités alimentaires a contribué à soutenir l’activité économique. Elle a également favorisé le recul de la pauvreté.

Le renforcement de la productivité agricole, l’amélioration des infrastructures et une meilleure connectivité des marchés apparaissent ainsi essentiels pour consolider ces progrès.

Pauvreté : un recul en 2025, mais 8,5 millions de personnes restent concernées

La croissance économique s’est accompagnée d’une amélioration de certains indicateurs sociaux.

Le taux de pauvreté a diminué de 1,9 point de pourcentage en 2025 pour s’établir à 40,7 %. Cette évolution a notamment été favorisée par la progression de l’agriculture et l’amélioration de l’approvisionnement alimentaire.

Malgré ce recul, la pauvreté demeure profondément enracinée dans l’économie tchadienne. Environ 8,5 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté.

Les difficultés du marché du travail contribuent à cette situation. L’emploi reste largement concentré dans des activités agricoles informelles et peu productives, tandis que les possibilités d’insertion dans le secteur formel demeurent limitées.

Une partie importante des jeunes reste également éloignée de l’éducation et de l’emploi, ce qui réduit leurs perspectives d’insertion professionnelle.

Les revenus faibles et instables qui en résultent touchent particulièrement les populations rurales, où vivent près de 90 % des personnes pauvres.

Réfugiés et déplacements internes : une pression supplémentaire sur les services publics

La situation humanitaire constitue un autre défi majeur pour le Tchad.

Les conflits régionaux ont entraîné une augmentation importante des déplacements de population. En février 2026, le pays accueillait, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) :

  • plus de 1,5 million de réfugiés ;
  • plus de 226 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays ;
  • près de 96 000 rapatriés.

Ces mouvements de population accentuent les besoins en matière de logement, d’alimentation, de santé, d’éducation et d’accès aux services essentiels.

Ils contribuent également à accroître la demande intérieure. La consommation privée a notamment bénéficié de la demande supplémentaire associée à la présence des réfugiés.

Toutefois, cette dynamique s’accompagne de besoins humanitaires et budgétaires importants, dans un pays où les ressources publiques restent limitées.

Finances publiques : les recettes progressent, mais le déficit persiste

Les recettes totales de l’État ont atteint 17,8 % du PIB en 2025, soutenues notamment par une augmentation de 16,1 % des recettes non pétrolières.

Cette progression reflète les efforts de mobilisation des ressources fiscales et la volonté de renforcer les recettes hors hydrocarbures.

Dans le même temps, les dépenses publiques ont augmenté pour atteindre 19,4 % du PIB. Cette hausse s’explique notamment par l’accroissement des dépenses d’infrastructure, qui ont progressé de 10,6 %.

La combinaison de ces évolutions a entraîné un déficit budgétaire de 1,7 % du PIB. Le déficit primaire non pétrolier s’est établi à 6,6 % du PIB.

La dette publique a légèrement augmenté pour atteindre 30,2 % du PIB.

Malgré un niveau d’endettement inférieur à celui de certains autres pays de la sous-région, le Tchad reste exposé à un risque élevé de surendettement, selon la dernière analyse de viabilité de la dette mentionnée dans le rapport.

Cette vulnérabilité s’explique notamment par les risques associés aux projections économiques et budgétaires de référence.

Lire aussi : Tchad : le FMI lance la deuxième revue du programme FEC 2024-2029

Réserves de change : des tensions sur la position extérieure

La situation extérieure du Tchad a également connu des évolutions contrastées en 2025.

Le déficit du compte courant s’est établi à 1,3 % du PIB, sous l’effet notamment de la baisse des soldes des revenus et des transferts.

Par ailleurs, les réserves de change ont diminué de 2,7 % en glissement annuel à la fin de 2025.

Cette évolution a ramené la couverture des importations à 4,2 mois et le ratio de couverture extérieure à 67 %.

La diminution des réserves a conduit la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) à relever son taux d’appel d’offres en décembre 2025.

En juin 2026, la banque centrale a toutefois repris un assouplissement progressif de sa politique monétaire, en abaissant son taux directeur de 4,75 % à 4,5 %. Cette décision a inversé une partie du resserrement engagé à la fin de 2025 pour faire face à la détérioration des avoirs extérieurs nets.

Sur le plan des prix, l’inflation moyenne annuelle s’est établie à -2,2 % en 2025. Cette évolution a été favorisée par l’amélioration de l’approvisionnement alimentaire et de la connectivité des marchés.

Un système financier encore fragile

Le secteur financier tchadien reste confronté à d’importantes difficultés, malgré les efforts de restructuration engagés.

Il comprend 10 banques, 50 institutions de microfinance et 3 compagnies d’assurance.

Toutefois, seules cinq banques respectent les exigences prudentielles. Les prêts non performants représentent 33,3 % des crédits et sont principalement concentrés dans le commerce, l’immobilier et la construction.

Ce niveau élevé de créances en difficulté constitue un risque pour la stabilité du système bancaire et peut limiter sa capacité à financer les entreprises et les investissements productifs.

La concentration du secteur financier et le resserrement des liquidités compliquent également l’accès au financement intérieur.

Ces contraintes peuvent freiner le développement du secteur privé, alors même que la diversification économique nécessite des investissements importants.

Lire aussi : secteur bancaire tchadien : 40 % des banques ne respectent pas l’exigence de capital minimum de 10 milliards FCFA

Plan national de développement 2025-2030 : des financements à mobiliser

Le Tchad a achevé sa transition politique à travers l’organisation d’élections nationales et l’adoption d’une nouvelle Constitution.

Dans le prolongement de cette évolution institutionnelle, le gouvernement a lancé le Plan national de développement (PND) 2025-2030 lors d’une table ronde organisée en novembre 2025.

Cette rencontre a permis d’obtenir 20,5 milliards de dollars d’engagements financiers, pour un objectif initial de 30 milliards de dollars.

La mobilisation effective de ces ressources constitue un enjeu important pour la mise en œuvre des projets de développement et le financement des investissements prioritaires.

La réalisation des ambitions du PND dépendra notamment de la capacité du pays à mobiliser les financements annoncés, à renforcer la gestion des finances publiques et à créer un environnement favorable à l’investissement.

Lire aussi : Tchad Connexion 2030 : la BID renforce son partenariat stratégique

Transformer la croissance en développement durable

La croissance de 5,6 % enregistrée en 2025 confirme le dynamisme de l’économie tchadienne, soutenue par les hydrocarbures, l’agriculture et les activités non pétrolières.

Le recul de la pauvreté et la progression des recettes non pétrolières constituent également des évolutions importantes.

Cependant, la dépendance au pétrole, la faible productivité agricole, la précarité de l’emploi et les fragilités du système financier continuent de limiter les perspectives de développement.

Les pressions humanitaires et les risques liés à la dette renforcent par ailleurs les besoins de financement du pays.

Pour consolider sa croissance et améliorer durablement les conditions de vie de sa population, le Tchad devra notamment accélérer la diversification économique, renforcer la productivité agricole, développer l’emploi formel et préserver la stabilité de ses finances publiques.

L’enjeu sera de faire en sorte que la croissance économique se traduise par des gains durables de revenus, une réduction plus marquée de la pauvreté et un accès élargi aux services sociaux.

Tags: Afrique Centraleanalyses paysCroissance économiquePauvretéRapportsTchad
Manuel H.

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