Le 27 janvier 2025, les États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, ont décidé de suspendre pour une période de trois mois l’ensemble de leurs aides extérieures. Cette mesure concerne près de 68 milliards de dollars mobilisés en 2023, mettant en péril de nombreux programmes d’ONG en Afrique et ailleurs, dont dépendent des millions de bénéficiaires.
Après l’Europe, l’Afrique subsaharienne figurait comme l’une des régions les plus soutenues par les fonds américains, principalement via l’agence USAID. Sur les 40 milliards de dollars mobilisés par cette institution, 15 milliards sont directement affectés à des actions en Afrique. Cette suspension inquiète les acteurs locaux, notamment en République démocratique du Congo (RDC) et au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
La RDC, principal récipiendaire francophone
Avec près d’un milliard de dollars d’aides reçues, dont la moitié consacrée à l’aide humanitaire, la RDC est le premier bénéficiaire francophone des financements américains en Afrique. Ces fonds permettent notamment de financer des programmes de lutte contre le paludisme, le VIH-Sida et des initiatives d’urgence alimentaire en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM).
Selon Jacques Mukena, spécialiste en gouvernance à l’Institut congolais Ebuteli, cette suspension survient alors que la crise humanitaire à l’est de la RDC continue de s’aggraver, avec près d’un million de personnes déplacées fin janvier. Le gouvernement congolais, confronté à une situation critique, pourrait devoir accepter certaines contreparties pour voir ces financements maintenus. Parmi celles envisagées figurent une réduction de l’influence chinoise sur les minerais stratégiques tels que le cobalt et le coltan.
L’impact sur l'Alliance des États du Sahel
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’AES, reçoivent ensemble plus de 700 millions de dollars d’aides américaines. Ces financements représentent une bouée de sauvetage essentielle pour des économies fragilisées par les sanctions internationales et des difficultés à mobiliser des ressources internes.
Dans ces pays, l’essentiel des fonds américains est destiné à l’aide humanitaire (263,6 millions de dollars), ainsi qu’à des projets liés à la santé et au développement économique. Cependant, les priorités budgétaires nationales restent axées sur la sécurité. Au Burkina Faso, par exemple, 27 % du budget 2025 est alloué à des questions de défense. L’arrêt des aides américaines risque donc de compromettre de nombreux projets dans les domaines de la santé et de l’agriculture.
Des conséquences dramatiques pour les ONG
La suspension des aides met en difficulté plusieurs organisations humanitaires comme Solidarité Internationale (SI), dont 36 % du budget dépend des financements américains. Kevin Goldberg, directeur de l’ONG, a exprimé son inquiétude face aux restrictions imposées. Certains projets, tels que ceux portant sur l’accès à l’eau potable en urgence, peuvent se poursuivre. En revanche, les initiatives liées à la relance agricole doivent être abandonnées, obligeant l’ONG à revoir ses priorités et à licencier une partie de ses équipes.
Pour les petites organisations qui dépendent quasi exclusivement des financements américains, la situation est encore plus critique. Ces aides permettent souvent de soutenir des populations vulnérables confrontées à des crises majeures. La suspension risque donc d’aggraver leur précarité.
Près de 60 % de l’aide extérieure américaine est gérée par l’USAID, une agence qualifiée d’« organisation criminelle » par Elon Musk, nouveau responsable du département américain de l’efficacité gouvernementale (DOGE). Le site de l’agence a été suspendu et des restrictions d’accès ont été imposées à ses employés, préfigurant de vastes coupes budgétaires.
Fabrice Ferrier, directeur de Focus 2030, rappelle que l’objectif de l’aide au développement n’est pas un retour sur investissement immédiat, mais une contribution durable au développement global. Toutefois, la tendance actuelle à la réduction des budgets consacrés à l’aide publique au développement complique la recherche de nouveaux financements.
Face à cette situation, les acteurs humanitaires et les économistes redoutent des conséquences graves sur le développement économique et social des pays touchés. Si des ajustements stratégiques sont attendus, la suspension de l’aide américaine laisse planer une grande incertitude sur l’avenir de nombreux programmes essentiels.










































Commentaires 1