Nigéria : la pauvreté progresse malgré la baisse de l’inflation
Au Nigéria, la baisse des tensions inflationnistes ne suffit pas à améliorer les conditions de vie. Selon la Banque mondiale, le taux de pauvreté a atteint 63 % en 2025, contre 61 % en 2024 et 56 % en 2023, soit environ 140 millions de personnes concernées.
Une amélioration macroéconomique sans effet immédiat
Cette hausse de la pauvreté intervient dans un contexte pourtant marqué par un recul significatif de l’inflation. D’après le Bureau national des statistiques, le taux d’inflation globale est passé de 34,8 % en décembre 2024 à 15,15 % un an plus tard.
L’inflation alimentaire a également fortement diminué, revenant à 10,84 %. Malgré cette détente, les ménages ne ressentent pas encore les effets positifs sur leur pouvoir d’achat.
Selon la Banque mondiale, les revenus n’ont pas progressé suffisamment vite pour compenser une inflation encore élevée, tandis que les coûts de l’énergie et du transport restent soutenus, notamment en raison des tensions internationales.
Une croissance peu inclusive
Le principal défi réside dans la structure même de l’économie du Nigéria. Si les secteurs des services et de l’industrie affichent une certaine dynamique, l’agriculture — qui emploie une grande partie des populations pauvres — reste en difficulté.
Ce déséquilibre limite la diffusion des gains de croissance vers les ménages les plus vulnérables, accentuant ainsi les inégalités.
Des perspectives d’amélioration lentes
La Banque mondiale anticipe une baisse progressive du taux de pauvreté à partir de 2026, pour atteindre environ 59 % en 2028. Toutefois, cette amélioration devrait rester modérée, freinée par plusieurs contraintes structurelles :
• faible création d’emplois
• productivité agricole limitée
• inégalités persistantes
Vers une stratégie plus inclusive
Pour les autorités et les partenaires internationaux, la maîtrise de l’inflation demeure une priorité, mais elle doit s’accompagner de politiques plus inclusives.
Le gouvernement nigérian mise notamment sur le renforcement des filets sociaux, à travers des transferts monétaires numériques destinés aux ménages vulnérables.
Comme le souligne la Banque mondiale, la stabilité macroéconomique, bien qu’essentielle, ne peut à elle seule réduire la pauvreté sans investissements massifs, création d’emplois et amélioration de la productivité.
Un défi structurel majeur
La situation du Nigéria illustre les limites d’une croissance économique déconnectée des réalités sociales. Le défi pour les années à venir sera de transformer les performances macroéconomiques en progrès tangibles pour les populations, condition indispensable à une croissance durable et inclusive.







