Nigeria : les transferts monétaires atteignent 67,19 millions de personnes
Les programmes de transferts monétaires destinés aux populations pauvres et vulnérables ont poursuivi leur progression au Nigeria. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale consacré au National Social Safety Net Programme-Scale Up, 67,19 millions de personnes et 10,44 millions de ménages étaient couverts par les interventions sociales en août 2026.
Le nombre de personnes couvertes est ainsi passé de 60,09 millions en mai à 67,19 millions en août 2026. Ce niveau dépasse déjà l’objectif de 56 millions de personnes fixé pour la clôture du programme en juin 2027.
Dans le détail, la Banque mondiale indique que 10,43 millions de ménages pauvres et vulnérables ont reçu des transferts monétaires destinés à répondre aux chocs économiques. Plus de 7,1 millions de ménages auraient reçu les trois tranches prévues après une vérification biométrique reposant notamment sur le numéro d’identification national (NIN) ou le numéro de vérification bancaire (BVN).
Les femmes représentent la majorité des bénéficiaires principaux
Les données publiées par la Banque mondiale montrent également une forte présence des femmes parmi les bénéficiaires.
Sur les 67,19 millions de personnes couvertes, 39,77 millions sont des femmes, tandis que 12,32 millions sont des jeunes. Les femmes représentent par ailleurs 57,6 % des bénéficiaires principaux, contre un objectif de 45 % fixé par le programme.
La Banque mondiale précise aussi que 81 % des ménages bénéficiaires appartiennent aux six déciles de revenus les plus faibles, ce qui indique une concentration importante du dispositif sur les catégories de revenus les plus modestes.
Plus de 15,8 millions de NIN vérifiés
La progression du programme s’accompagne d’un important processus d’identification et de vérification.
Selon le rapport, 12,9 millions de ménages ont été visités dans le cadre des opérations de vérification. Plus de 15,8 millions de NIN ont également été vérifiés dans le registre social.
Parmi ces données, 10,95 millions de ménages ont été vérifiés à partir des NIN et des BVN, puis intégrés au National Benefit Delivery Management System, le système national utilisé pour la gestion de la distribution des prestations.
La Banque mondiale rapporte par ailleurs que 98,9 % des ménages bénéficiaires ont reçu leurs transferts dans les dix jours suivant la date de paiement prévue. Le taux de satisfaction déclaré par les bénéficiaires s’est établi à 87,7 %. Les paiements sont effectués directement sur des comptes numériques appartenant aux bénéficiaires et associés à une identification biométrique.
Des questions persistent sur la traçabilité des paiements
Malgré ces indicateurs de couverture, le programme reste confronté à des interrogations concernant la vérification indépendante des bénéficiaires et la traçabilité de certains paiements.
Le principal point de controverse récent concerne un rapport 2024 de l’Auditeur général de la Fédération portant sur les opérations du National Cash Transfer Office (NCTO) en 2023.
Selon ce rapport, des transferts électroniques d’un montant de 33,751 milliards de nairas ont été effectués au profit de 3 295 207 ménages et bénéficiaires dans 35 États. Les auditeurs ont toutefois relevé que les pièces justificatives ne comportaient pas toutes les informations relatives aux bénéficiaires.
Les auditeurs ont également indiqué que le relevé Remita permettant de rapprocher les personnes effectivement payées avec celles inscrites dans le National Social Register et le National Beneficiary Register n’avait pas été présenté pour examen. Ils ont estimé que cette absence empêchait d’authentifier les paiements et de déterminer si les personnes ayant reçu les fonds correspondaient bien aux bénéficiaires éligibles.
Le National Cash Transfer Office conteste cette interprétation
Le NCTO a depuis rejeté l’interprétation selon laquelle ces observations établiraient une fraude ou une perte de fonds. L’organisme affirme que les paiements ont été effectués à travers l’architecture officielle de distribution et soutient avoir transmis des documents relatifs aux bénéficiaires et aux paiements aux auditeurs.
Il s’agit donc, à ce stade, d’une controverse documentaire et de contrôle : le rapport de l’Auditeur général fait état de difficultés à authentifier certains paiements, tandis que le NCTO affirme disposer de pièces permettant de les justifier.
Atiku Abubakar questionne les chiffres du gouvernement
Les interrogations portent également sur les chiffres communiqués par les autorités nigérianes.
L’ancien vice-président Atiku Abubakar a récemment demandé au gouvernement d’expliquer l’écart entre le chiffre de 15 millions de ménages annoncé par la présidence en juillet 2026 et la déclaration faite en août par le ministre des Affaires humanitaires et de la Réduction de la pauvreté, Bernard Doro, selon laquelle un peu plus de 10 millions de ménages avaient bénéficié des transferts.
Le ministre avait également déclaré que plus de 600 milliards de nairas avaient été distribués en transferts monétaires au cours des trois années précédentes. Atiku a demandé au gouvernement de fournir une piste de vérification permettant notamment d’identifier les ménages payés, le nombre de tranches reçues ainsi que les transactions échouées ou annulées.
La présidence avait, de son côté, affirmé en juillet que le programme élargi avait atteint 15 millions de ménages vulnérables.
Le précédent Betta Edu continue de peser sur le débat
Les questions de transparence s’inscrivent également dans le contexte des controverses ayant touché la gestion des programmes sociaux nigérians.
En janvier 2024, le président Bola Tinubu avait suspendu la ministre des Affaires humanitaires et de la Réduction de la pauvreté, Betta Edu, après la révélation d’une instruction portant sur le transfert de 585 millions de nairas vers un compte privé dans le cadre du financement d’aides destinées à des groupes vulnérables. Le président avait alors demandé à la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) de mener une enquête sur les transactions concernées.
Betta Edu avait contesté les accusations et affirmé que le paiement répondait aux procédures en vigueur.
Cet épisode a contribué à renforcer les attentes en matière de contrôle et de traçabilité des programmes d’aide sociale au Nigeria.
Un registre social modernisé encore en préparation
Malgré les progrès enregistrés dans l’identification des bénéficiaires, la Banque mondiale indique que le registre social modernisé n’était pas encore opérationnel en août 2026.
Sa mise en service est prévue pour juin 2027. Le développement de cet outil doit notamment permettre de renforcer la capacité du système à identifier, enregistrer et suivre les ménages éligibles aux différents dispositifs de protection sociale.
La Banque mondiale maintient par ailleurs une appréciation globale des risques du programme à un niveau qualifié de « substantiel », notamment pour les dimensions liées à la gouvernance, à la situation macroéconomique, à la conception technique et aux risques fiduciaires.
Plus de 762 millions de dollars déjà décaissés
Sur le plan financier, l’enveloppe initiale de 800 millions de dollars accordée au programme par l’Association internationale de développement (IDA) a été révisée à 776,42 millions de dollars.
À fin août 2026, 762,43 millions de dollars, soit 98,2 % de cette enveloppe révisée, avaient déjà été décaissés.
Entre élargissement de la couverture et exigence de transparence
Les dernières données de la Banque mondiale montrent donc une nette progression de la couverture des transferts monétaires au Nigeria, avec 67,19 millions de personnes atteintes en août 2026 et plus de 10,4 millions de ménages ayant reçu des transferts.
Dans le même temps, les observations de l’Auditeur général, les demandes de clarification d’Atiku Abubakar et les réponses du National Cash Transfer Office montrent que la question de la traçabilité des paiements demeure au cœur du débat.
L’enjeu pour les autorités nigérianes est désormais de poursuivre l’élargissement de la protection sociale tout en renforçant les mécanismes permettant de vérifier de manière indépendante l’identité des bénéficiaires, les montants effectivement versés et la concordance entre les registres et les paiements réalisés.







