Le Sénégal fait face à un défi majeur : le remboursement de ses Eurobonds (emprunts en dollars) en 2026 et 2028. Plutôt que de restructurer la dette, le gouvernement a choisi d’utiliser des instruments financiers sophistiqués, appelés TRS (Total Return Swaps), pour lisser les échéances.
Concrètement, un TRS fonctionne comme ceci : une banque reprend l’exposition sur une dette existante, et l’État verse un flux régulier en contrepartie. Cela repousse l’échéance immédiate, mais la dette n’est pas supprimée, elle est juste transformée. C’est un peu comme prendre un crédit pour payer un autre crédit : ça soulage aujourd’hui, mais le coût reste présent.
Optimiser la trésorerie : l’État peut profiter de certains actifs (réserves ou titres financiers) sans verser immédiatement le capital total.
Gérer les risques : le TRS permet de transformer la nature de la dette et de se protéger contre certaines fluctuations, par exemple le cours du dollar.
En résumé, le TRS gagne du temps sur les échéances, mais il ne réduit pas le coût global de la dette.
Le risque caché : l’appel de marge
Le vrai danger des TRS est la clause d’appel de marge (Margin Call).
Si la dette est en dollars et que cette monnaie s’apprécie brutalement, le Sénégal peut être obligé de fournir immédiatement des liquidités supplémentaires, indépendamment du budget prévu. Cela transforme un risque à long terme en pression de trésorerie immédiate.
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Exemple concret : si le dollar monte, la valeur de la dette en FCFA augmente, et le gouvernement doit payer rapidement, parfois en 24 à 48 heures, sous peine de voir le contrat résilié par la banque. Cela pourrait affecter le paiement des salaires, des bourses ou des médicaments.
Bouclier ou bombe ? Le TRS peut protéger contre la hausse du dollar, mais si le marché se retourne ou que la perception du risque s’aggrave, la banque exige un versement immédiat.
Impact direct : chaque hausse de 1% du dollar alourdit la dette du Sénégal de plusieurs milliards de FCFA.
Conséquence pour le citoyen : le contribuable paie, pas la banque.
En résumé, le TRS ne supprime pas la dette, il la transforme en un produit financier hautement sensible aux marchés mondiaux, souvent imprévisible pour le public.
Garde-fous introduits par la loi de finances 2025-2026
Sous la pression du FMI et de la Cour des Comptes, le gouvernement a instauré des mesures pour plus de transparence :
Affichage des risques : les pertes potentielles liées aux TRS doivent apparaître dans le budget.
Fin des comptes offshore secrets : centralisation des flux pour éviter des engagements cachés.
Droit de regard citoyen : publication de la valeur de marché des contrats, afin que les Sénégalais puissent suivre si ces instruments sont profitables ou non.
Les TRS permettent au Sénégal de repousser les échéances de la dette et de respirer à court terme, mais ils créent un risque caché et immédiat lié aux fluctuations du dollar. La transparence et l’encadrement sont essentiels pour que le pays ne se retrouve pas dans une roulette russe financière, où c’est le citoyen qui paie la note en cas de retournement des marchés.







