La croissance économique africaine retrouve des couleurs, mais reste étroitement liée à des facteurs extérieurs. Dans sa mise à jour de novembre 2025 des Performances et perspectives macroéconomiques, la Banque africaine de développement (BAD) a revu à la hausse ses prévisions, anticipant une croissance du PIB réel de 4,2 % en 2025 et 4,3 % en 2026, soit 0,3 point de plus que ses projections de mai dernier.
Cette amélioration s’explique par l’assouplissement des conditions financières mondiales, la normalisation progressive des chaînes d’approvisionnement et l’appréciation de plusieurs monnaies africaines face au dollar. La BAD observe également un regain de la consommation privée, soutenu par la hausse des salaires dans certains pays et un meilleur accès au crédit, consécutif aux premières baisses de taux directeurs sur le continent.
Une dynamique largement tirée par l’extérieur
Malgré ces signaux positifs, la reprise demeure fortement dépendante de facteurs exogènes. La décision de la Chine d’accorder un accès en franchise de droits à 53 pays africains améliore les perspectives commerciales, notamment à l’approche de l’expiration de l’Agoa aux États-Unis.
Par ailleurs, le rebond spectaculaire de la production pétrolière libyenne soutient la croissance en Afrique du Nord, tandis que l’Afrique centrale bénéficie d’un environnement énergétique plus favorable, malgré une dépendance persistante aux hydrocarbures.
Des perspectives conditionnées à l’environnement mondial
Selon la BAD, la trajectoire économique du continent dépendra étroitement de l’évolution du contexte international. La baisse attendue des prix de l’énergie devrait profiter aux pays importateurs nets, tandis que la hausse des cours de l’or continuera de soutenir les économies minières.
L’institution met toutefois en garde contre plusieurs risques majeurs : tensions géopolitiques, fragmentation du commerce mondial, volatilité financière et ralentissement de la demande internationale.
Pour réduire cette vulnérabilité, la BAD appelle à une accélération de la mise en œuvre de la ZLECAf, au renforcement de l’intégration régionale et au développement de la production locale, afin de transformer une reprise conjoncturelle en croissance endogène et durable.
Finances publiques sous pression
Les fragilités budgétaires persistent. Le déficit public moyen est attendu à 5,1 % du PIB en 2025, tandis que la dette publique africaine dépasse 1 800 milliards de dollars, en hausse de près de 170 % depuis 2010. La part croissante de la dette commerciale et intérieure — désormais 38 % du total — rend la gestion budgétaire plus coûteuse dans un contexte de taux mondiaux durablement élevés.
Une désinflation à deux vitesses
La BAD confirme une désinflation progressive mais inégale. L’inflation moyenne devrait reculer à 13,7 % en 2025, puis 10,3 % en 2026, avec 35 pays susceptibles de repasser sous le seuil de 5 %.
Cependant, une douzaine de pays, dont l’Angola, l’Égypte, le Ghana et le Nigeria, restent confrontés à une inflation élevée, alimentée par des chocs climatiques, des dépréciations monétaires et des déséquilibres budgétaires persistants.
Cette divergence interne illustre une désinflation à deux vitesses, susceptible d’entraîner des orientations monétaires contrastées au sein du continent.








































