Côte d’Ivoire : une taxe carbone progressive envisagée dès 2028
La Côte d’Ivoire prépare la mise en place d’une stratégie nationale de taxation carbone afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), renforcer la transition énergétique et soutenir ses engagements climatiques internationaux. Le dispositif, dont l’entrée en vigueur est prévue à partir de 2028, devrait s’appliquer progressivement aux carburants fossiles, à l’exception du gaz butane.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte où le pays affiche l’une des croissances économiques les plus dynamiques du continent, mais également une intensification de son empreinte carbone. Selon les données présentées dans la stratégie, l’intensité carbone de l’économie ivoirienne est passée de 0,15 à 0,18 tonne de CO2 par millier de dollars de PIB entre 1990 et 2024.
Une croissance économique plus émettrice de carbone
Les autorités ivoiriennes soulignent que cette hausse des émissions s’explique notamment par la faible efficacité énergétique des infrastructures productives, la forte dépendance à l’agriculture d’exportation — cacao, café, huile de palme ou hévéa — ainsi que par l’industrialisation et le développement des transports utilisant majoritairement des énergies fossiles.
Le pays reste également vulnérable aux effets du changement climatique. Selon le rapport CCDR 2023 de la Banque mondiale, la température moyenne en Côte d’Ivoire a augmenté entre 0,5°C et 0,8°C entre 1970 et 2021, tandis que les régimes de pluie se sont fortement modifiés.
L’impact est particulièrement sensible sur l’agriculture, secteur qui emploie environ la moitié de la population active et contribue à près de 17 % du PIB. La Banque mondiale estime que le changement climatique pourrait réduire le PIB réel du pays jusqu’à 13 % d’ici 2050 et empêcher 1,63 million de personnes de sortir de la pauvreté.
Une stratégie alignée sur les engagements climatiques
Pour répondre à ces défis, la Côte d’Ivoire a renforcé en 2025 ses engagements climatiques à travers une nouvelle Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0), avec des objectifs de réduction des émissions de 33,07 % sur ressources propres et jusqu’à 74 % avec soutien extérieur d’ici 2035.
Le projet de taxe carbone s’inscrit également dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) conclue avec le Fonds monétaire international en 2023.
Une taxe appliquée aux carburants fossiles
Le futur mécanisme ciblera principalement les carburants fossiles, hors gaz butane, afin d’inciter entreprises et consommateurs à adopter des alternatives moins polluantes conformément au principe du « pollueur-payeur ».
Les simulations réalisées dans le cadre de la stratégie montrent qu’une taxe initiale de 8 dollars par tonne de CO2 permettrait de réduire les émissions de 0,2 million de tonnes. Avec un niveau de taxation porté à 50 dollars la tonne, la baisse atteindrait 1,2 million de tonnes.
Sur le plan économique, les autorités anticipent un impact limité sur la croissance. Les projections évoquent un effet négatif de seulement -0,058 % sur le PIB lors de la première année de mise en œuvre, contre par exemple -0,19 % en Chine pour une taxe équivalente.
Jusqu’à 335 milliards FCFA de recettes attendues
La stratégie prévoit également des recettes fiscales importantes. Selon les estimations, la taxe carbone pourrait générer entre 61,1 milliards FCFA et 335,9 milliards FCFA selon le niveau de taxation appliqué.
Les autorités souhaitent affecter prioritairement ces ressources au financement de projets d’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire national. Les recettes excédentaires pourraient aussi servir à :
- renforcer les subventions pour les cuisinières à gaz ou solaires ;
- financer des transferts directs aux ménages vulnérables ;
- soutenir les emplois verts et la reconversion des secteurs affectés.
Des mesures pour promouvoir les véhicules propres
La stratégie prévoit également une réforme du système de taxation environnementale appliqué aux véhicules thermiques. Actuellement, les taxes existantes ne prennent pas en compte le niveau réel d’émission carbone des véhicules.
Le gouvernement envisage ainsi la mise en place d’incitations fiscales ciblées pour encourager les véhicules propres, notamment via des exonérations, des abattements fiscaux, une éventuelle prime à la casse et le développement d’infrastructures de recharge.
Une mise en œuvre progressive jusqu’en 2035
Le calendrier retenu repose sur quatre grandes phases :
- 2026-2027 : préparation juridique, institutionnelle et technique ;
- 2028-2029 : lancement progressif de la taxe à un niveau jugé acceptable ;
- 2029-2035 : montée en puissance graduelle du dispositif ;
- phase finale : révision et ajustement du système.
La stratégie repose par ailleurs sur six axes majeurs, incluant la gouvernance institutionnelle, la transparence dans la gestion des recettes, le suivi des émissions via un système MRV (mesure, reporting et vérification), ainsi que la communication autour de l’acceptabilité sociale de la taxe carbone.







