La Commission Bancaire d’Afrique Centrale (COBAC), régulateur du système bancaire dans la CEMAC, se retrouve au cœur des débats en cette fin d’année 2024. Une récente décision sur la pondération des risques de crédit met à mal les capacités de financement des États auprès des banques locales, incitant le Gabon à demander un assouplissement urgent.
Le 18 octobre 2024, la COBAC a introduit de nouveaux taux de pondération applicables aux engagements des banques envers les États de la CEMAC. Ces taux, calculés selon les critères de convergence régionaux, visent à protéger le système bancaire en limitant les risques liés aux emprunts souverains.
Pour le Gabon, dont la situation budgétaire est fragile (non-respect des critères tels que la dette publique inférieure à 70 % du PIB ou l’absence d’arriérés), la pondération a été fixée à 100 %. Cela oblige les banques locales à mobiliser des fonds propres équivalents au montant prêté, réduisant drastiquement leur capacité à souscrire aux émissions obligataires.
Dans une lettre adressée au secrétaire général de la COBAC le 13 novembre 2024, le ministère gabonais de l’Économie alerte sur les conséquences de cette décision. Selon le Gabon :
- Les banques locales se sont massivement retirées des émissions obligataires du Trésor.
- Le financement du budget 2024 et 2025 est compromis.
- Les projets de développement risquent un arrêt faute de ressources suffisantes.
Le ministre de l’Économie plaide pour une exemption temporaire, couvrant la période de novembre 2024 à décembre 2025, afin de permettre au Gabon de surmonter ses contraintes budgétaires tout en travaillant à respecter les critères de convergence.
La situation gabonaise n’est pas isolée. Les cinq autres États membres de la CEMAC, également concernés par des pondérations élevées (80 à 90 %), pourraient également demander des dérogations. Ces règles mettent en lumière une dépendance excessive des banques régionales aux titres souverains, comme le souligne un récent rapport du FMI.
Lancé en 2011, le marché des titres publics en monnaie locale était devenu une solution privilégiée pour financer les déficits budgétaires des pays membres. Toutefois, sa faible profondeur et la concentration des titres dans les banques commerciales exposent ces dernières à des risques importants, justifiant les nouvelles mesures de la COBAC.
Pour le FMI, ces restrictions encourageront les États à adopter une gestion budgétaire plus rigoureuse. Le Gabon, conscient des défis à venir, assure :
« Nous mettons tout en œuvre pour respecter, à brève échéance, les seuils de convergence multilatérale. »
Alors que la COBAC maintient son objectif de stabiliser le système financier régional, les États de la CEMAC se retrouvent face à un dilemme. Entre la nécessité d’assainir leurs finances publiques et l’urgence de financer leurs budgets, un équilibre doit être trouvé pour préserver la croissance économique et la stabilité bancaire. La réponse de la COBAC aux sollicitations du Gabon sera déterminante pour l’avenir financier de la région.







