Le cacao ghanéen, surnommé l’« or brun », traverse une crise majeure. Malgré des prix records à 10 300 dollars la tonne en mai 2025, le Ghana, deuxième producteur mondial, voit sa production chuter à 530 000 tonnes en 2023-2024, loin du million de tonnes atteint en 2021. Sécheresse, maladies des cacaoyers et orpaillage illégal menacent cette industrie vitale. Cet article explore les causes de cette crise et les solutions envisagées pour redonner vie à la filière.
Plusieurs facteurs expliquent la chute de la production :
- Maladies dévastatrices : Le virus du swollen shoot affecte 31 % des plantations, notamment dans le nord-ouest, réduisant drastiquement les rendements.
- Sécheresse et vieillissement : Les conditions climatiques extrêmes et les cacaoyers vieillissants limitent la productivité.
- Orpaillage illégal : Connu sous le nom de « galamsey », il a détruit 5 252 hectares de terres agricoles en trois ans.
- Contrebande : Une partie des fèves est exportée illégalement vers le Togo, privant le Ghana de revenus.
La filière cacao emploie environ 800 000 petits producteurs au Ghana, soit près d’un million de cacaoculteurs. Avec des recettes d’exportation tombées sous les 2 milliards de dollars, les agriculteurs comme Ama Kwarteng, productrice dans la région de la Volta, peinent à joindre les deux bouts. « Les prix ont augmenté, mais nos récoltes sont trop faibles pour en profiter », confie-t-elle. Cette situation fragilise les communautés rurales et freine le développement économique.
Face à cette crise, le gouvernement ghanéen, soutenu par la Cocobod, a dévoilé un plan agricole audacieux :
- Acquisition de terres : 200 000 hectares seront dédiés à de nouvelles plantations industrielles pour compléter les exploitations familiales.
- Lutte contre les maladies : Le programme Codapec sera renforcé avec des subventions pour les intrants et des formations à la pollinisation artificielle.
- Répression du galamsey : Depuis janvier 2025, 107 orpailleurs illégaux ont été arrêtés, et les terres récupérées sont redistribuées aux agriculteurs.
- Contrôle de la contrebande : Des mesures strictes ciblent les régions frontalières comme la Volta et l’Oti.
Ce plan vise à porter la production à 600 000 tonnes pour la campagne 2024-2025 et à 1 million de tonnes d’ici 2030.
Malgré ces initiatives, des obstacles persistent. Les intrants restent coûteux, et les méthodes actuelles de lutte contre le swollen shoot sont inefficaces. « Nous avons besoin de plants résistants et d’un meilleur accès aux pesticides », explique Kwame Asare, agriculteur à Bono East. De plus, intégrer les petits producteurs dans les grandes exploitations industrielles nécessitera une coordination complexe pour éviter leur marginalisation.
Le cacao ghanéen peut retrouver sa gloire passée si les autorités combinent investissements, innovation et inclusion. En s’inspirant de la Côte d’Ivoire, qui maintient une production stable, le Ghana pourrait moderniser ses plantations et renforcer la résilience climatique. La réussite de ce plan dépendra de la collaboration entre le gouvernement, la Cocobod et les agriculteurs, ainsi que d’une lutte efficace contre les menaces environnementales et illégales.
La crise du cacao ghanéen est un défi, mais aussi une opportunité de transformer une filière essentielle pour l’économie. Avec des réformes ambitieuses et un engagement collectif, le Ghana peut non seulement sauver son « or brun », mais aussi en faire un moteur de croissance durable pour l’Afrique de l’Ouest.










































