La compagnie nationale Air Sénégal fait face à une nouvelle crise majeure. Une saisie judiciaire ordonnée par le Tribunal de Commerce de Dakar, le 10 juin 2025, vise quatre avions de sa flotte, en raison d’une dette de près de 3 milliards de FCFA (environ 5 millions de dollars) envers deux sociétés de leasing irlandaises, Aergen Aircraft Twenty Limited et Sasof III Aviation Ireland DAC. Cette mesure, qui concerne deux Airbus A319 et deux Airbus A321, met en lumière les difficultés financières persistantes de la compagnie. Cet article explore les détails de cette affaire, ses implications et les perspectives pour Air Sénégal.
Le litige repose sur des contrats de location d’avions signés en 2018 et 2019, résiliés en août 2024 pour non-paiement des loyers. Selon les documents judiciaires, Air Sénégal doit :
- 1,56 million de dollars à Aergen pour les loyers impayés de septembre 2022 à février 2025.
- 3,47 millions de dollars à Sasof pour la période de novembre 2022 à mai 2025.
Le Tribunal de Commerce de Dakar a émis deux ordonnances (n° 383/2025 et 384/2025) autorisant la saisie conservatoire des appareils à l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD). Les créanciers exigent également l’arrêt immédiat de l’exploitation des avions et leur restitution, sous peine d’astreintes de 500 millions de FCFA par heure de vol et par jour de retard.
Le 10 juin 2025, un huissier mandaté pour exécuter la saisie s’est heurté à un obstacle : Air Sénégal aurait refusé de fournir les badges d’accès nécessaires à l’AIBD, empêchant l’immobilisation des avions. Cette résistance a conduit les créanciers à saisir à nouveau le tribunal pour demander des sanctions plus strictes. Selon des sources, la Haute Autorité de l’Aéroport (HAAS) a indiqué que seule la compagnie pouvait autoriser cet accès, compliquant davantage l’exécution.
Cette saisie judiciaire d’Air Sénégal s’inscrit dans une série de déboires financiers. La compagnie accumule une dette estimée entre 100 et 150 milliards de FCFA, incluant des arriérés envers des fournisseurs, des sociétés de leasing comme Carlyle Aviation, et des prestataires d’entretien. En 2022, elle a enregistré 89 milliards de FCFA de pertes, suivis de 57 milliards en 2023. Des incidents précédents, comme la saisie de quatre avions aux États-Unis en août 2024 et le blocage temporaire de deux appareils en janvier 2025 pour des certificats non à jour, illustrent la fragilité de la situation.
La saisie menace directement les opérations de la compagnie. Avec quatre avions potentiellement cloués au sol, Air Sénégal risque des annulations de vols, perturbant les dessertes régionales (Ouagadougou, Bamako, Abidjan) et internationales (Paris, New York). Cette situation fragilise la confiance des passagers, déjà ébranlée par des retards récurrents et un service client critiqué. Pour les 427 employés directs et les milliers d’emplois indirects liés à l’AIBD, l’incertitude plane, avec des craintes de plans sociaux ou de licenciements.
Face à cette crise, le gouvernement sénégalais, sous l’impulsion du Premier ministre Ousmane Sonko, a annoncé en avril 2025 un plan de relance pour Air Sénégal, incluant :
- Assainissement financier : Apurement des dettes d’exploitation d’ici juin 2025.
- Audit global : Analyse des pratiques opérationnelles, financières et organisationnelles pour identifier les failles.
La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), actionnaire unique, a récemment évité une saisie aux États-Unis en réglant une partie des dettes. Cependant, la viabilité à long terme de la compagnie reste incertaine sans une réforme profonde de sa gestion.
L’AIBD, conçu pour faire de Dakar un hub régional, est impacté par les déboires d’Air Sénégal, qui devait être un pilier de cette ambition. Avec 2,6 millions de passagers en 2022 et une capacité de 3 millions, l’aéroport dépend de la compagnie pour renforcer la connectivité régionale et internationale. Une audience cruciale est prévue le 23 juin 2025 au Tribunal de Commerce de Dakar pour statuer sur l’exécution de la saisie. Une intervention de l’État pourrait être nécessaire pour préserver cette flotte stratégique et éviter un crash économique.
La saisie judiciaire d’Air Sénégal met en lumière les défis structurels d’une compagnie nationale aux ambitions freinées par une gestion défaillante. Alors que l’avenir de quatre avions et de milliers d’emplois est en jeu, le Sénégal doit agir rapidement pour sauver son pavillon national et maintenir la crédibilité de l’AIBD comme hub régional. Suivez les développements de cette affaire pour comprendre comment Air Sénégal peut surmonter cette zone de turbulences.









































