BAD-France : un financement plus intégré des projets en Afrique
Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et la France renforcent leur partenariat afin de mieux articuler financement, expertise technique, partage des risques et participation du secteur privé dans les projets de développement en Afrique.
Cette coopération associe le Groupe de l’Agence française de développement (AFD) et Business France aux opérations souveraines et non souveraines du Groupe de la BAD, à ses mécanismes de préparation de projets et à son réseau régional. L’objectif est notamment de faciliter le passage des projets de la phase de préparation à celle de mise en œuvre.
La relation entre les deux partenaires s’inscrit dans une histoire de plusieurs décennies. La France a rejoint le Fonds africain de développement (FAD) en 1977 puis la Banque africaine de développement en 1983, devenant l’un des premiers pays membres non régionaux de l’institution.
2,4 milliards d’euros de cofinancements depuis 2021
Depuis 2021, le Groupe de la BAD et l’AFD ont mobilisé environ 2,4 milliards d’euros de cofinancements pour des projets à travers le continent.
Le portefeuille couvre plusieurs secteurs stratégiques, notamment :
- la transition énergétique et les énergies propres ;
- la résilience et l’adaptation au changement climatique ;
- les infrastructures de transport régionales ;
- le développement du secteur privé ;
- l’eau et l’assainissement ;
- la création d’emplois.
Cette approche vise à combiner les différents instruments disponibles afin de renforcer l’impact des ressources publiques et de faciliter la mobilisation de capitaux supplémentaires.
La BAD et l’AFD ciblent aussi l’entrepreneuriat des jeunes
Le financement de l’entrepreneuriat constitue l’un des axes de cette coopération. À travers la Banque d’investissement pour l’entrepreneuriat des jeunes et le programme Choose Africa 2 de l’AFD, les deux institutions développent des mécanismes associant financement, accompagnement technique et soutien aux écosystèmes entrepreneuriaux.
En 2024, elles ont notamment convenu de développer des instruments destinés à la Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo. Ces dispositifs combinent développement des écosystèmes entrepreneuriaux, dialogue politique, financement et assistance technique.
Cette initiative intervient alors que les microentreprises et PME africaines font face à un déficit de financement estimé à 331 milliards de dollars.
L’inclusion financière numérique au cœur du partenariat
La coopération franco-africaine s’étend également à l’inclusion financière numérique.
Créée en 2019 par le Groupe de la BAD et l’AFD, avec la Fondation Gates et le gouvernement luxembourgeois, la Facilité pour l’inclusion financière numérique en Afrique (ADFI) finance des infrastructures numériques, des réformes réglementaires et des produits financiers destinés à élargir l’accès aux services financiers.
Les bénéficiaires ciblés comprennent notamment les femmes, les jeunes, les agriculteurs, les petites entreprises et les populations rurales.
En 2025, l’AFD a annoncé une contribution supplémentaire de 3 millions d’euros, portant son engagement total à plus de 5 millions d’euros dans cette facilité.
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La NAFAD veut réduire la fragmentation du financement
Cette coopération s’inscrit également dans la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), portée par le Groupe de la BAD.
Cette initiative vise notamment à répondre à la fragmentation des financements et au déficit annuel de financement du développement en Afrique, estimé par la BAD à 400 milliards de dollars.
La NAFAD met notamment l’accent sur une meilleure coordination entre les institutions financières, le partage des risques et la constitution d’un portefeuille plus important de projets prêts à recevoir des investissements.
Dans le cadre du partenariat franco-africain, cette approche se traduit par des cofinancements et une coordination plus étroite dès les premières étapes de préparation des projets.
Lire aussi : BAD : la NAFAD au cœur de la mobilisation de capitaux pour l’Afrique
Le soutien juridique pour sécuriser les investissements
Pour la BAD et la France, l’accès aux financements doit également être accompagné d’un environnement juridique et institutionnel adapté.
Les contributions françaises à la Facilité africaine de soutien juridique (ALSF), hébergée par le Groupe de la BAD, permettent notamment d’accompagner les gouvernements africains dans la négociation d’opérations commerciales et financières complexes.
Les ressources mobilisées servent notamment à financer des conseils juridiques, le renforcement institutionnel et la formation dans des domaines tels que les contrats liés aux ressources naturelles, la gestion de la dette souveraine, les passifs éventuels et les litiges avec les créanciers.
135 millions de dollars pour le financement des entreprises dirigées par des femmes
La France soutient également l’initiative AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa) du Groupe de la BAD.
Elle a pris un engagement de 135 millions de dollars, représentant plus de la moitié de l’enveloppe actuelle de financement de l’initiative.
Le mécanisme combine assistance technique et garanties afin d’inciter les institutions financières à accroître leurs financements aux entreprises détenues ou dirigées par des femmes.
L’objectif est notamment de renforcer les capacités des établissements financiers, de réduire le risque perçu associé à ces financements et de faciliter l’accès des entrepreneures africaines au capital.
Business France pour rapprocher les entreprises françaises des projets africains
Le partenariat ne se limite pas aux institutions financières publiques. Il cherche également à faciliter l’accès des entreprises françaises aux opportunités liées aux projets financés par le Groupe de la BAD.
Le séminaire annuel sur les opportunités d’affaires organisé avec Business France et l’ambassade de France en Côte d’Ivoire constitue l’un des principaux dispositifs en la matière.
Les entreprises participantes peuvent échanger directement avec les équipes opérationnelles de la BAD et obtenir des informations sur les financements souverains et non souverains, les procédures de passation des marchés, la sélection des consultants, les exigences d’intégrité et les projets en préparation ou en cours d’exécution.
En juin 2026, l’édition organisée au siège du Groupe de la BAD à Abidjan a réuni des représentants de neuf entreprises françaises. Les échanges ont notamment porté sur le financement du secteur privé, l’eau et l’assainissement, les énergies renouvelables, le développement urbain et la santé.
Vers un partenariat davantage orienté vers la réalisation des projets
À travers ces différents mécanismes, la coopération entre la BAD et la France évolue d’une relation principalement fondée sur les contributions financières vers un dispositif plus large combinant financement, préparation des projets, assistance technique, garanties, expertise juridique et mise en relation avec les entreprises.
L’enjeu est désormais de renforcer la capacité à transformer les ressources mobilisées en projets effectivement préparés, financés et mis en œuvre dans les différents pays africains.







