Près d’un établissement de microfinance (EMF) sur deux dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) est jugé « très fragile » par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). Selon son rapport annuel 2025, publié le 23 octobre, la situation prudentielle du secteur demeure préoccupante, malgré le renforcement des fonds propres.
Les conclusions du régulateur mettent en évidence des vulnérabilités structurelles qui affectent la solidité financière des établissements, leur gestion des risques et leur capacité à respecter les exigences réglementaires.
Des fragilités structurelles persistantes
Le profil de risque des établissements de microfinance révèle des faiblesses dans plusieurs domaines, notamment la couverture des immobilisations, la division des risques, les engagements envers les apparentés et la couverture des risques. Le rapport de liquidité affiche, en revanche, une légère amélioration.
D’après la Cobac, seuls 17,9 % des établissements sont considérés comme « globalement sains », tandis que 12 % sont classés comme « fragiles ». Les principales difficultés concernent les modèles d’affaires, la rentabilité, le risque de crédit et les opérations. Les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), le contrôle interne et la gestion des risques figurent également parmi les domaines nécessitant des améliorations.
Les créances en souffrance augmentent de 33,2 %
Le risque de crédit constitue l’un des principaux points d’alerte. Au 31 décembre 2025, les créances en souffrance des établissements de microfinance de la Cemac atteignaient 236,8 milliards de FCFA, contre 177,8 milliards un an auparavant. Cette progression de 59 milliards de FCFA représente une hausse de 33,2 % en un an.
Cette évolution traduit une aggravation des difficultés de remboursement des emprunteurs et accentue les risques pesant sur la qualité des portefeuilles de crédit. Elle contribue également à accroître les besoins de provisionnement des établissements, avec des conséquences directes sur leur rentabilité.
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Le résultat net agrégé chute de 89,4 %
La dégradation des indicateurs de risque s’accompagne d’un recul marqué des performances financières du secteur. Le résultat net agrégé des établissements de microfinance est tombé à 2,4 milliards de FCFA à fin 2025, contre 22,5 milliards en 2024, soit une contraction de 89,4 %.
Dans le même temps, le produit net financier est resté relativement stable, à 147,6 milliards de FCFA, contre 148,9 milliards un an plus tôt. La forte baisse du bénéfice s’explique principalement par l’augmentation de 47 % des dotations nettes aux provisions destinées à couvrir le risque de crédit.
Ces provisions permettent aux établissements d’anticiper les pertes potentielles liées aux prêts dont le remboursement est incertain. Leur hausse pèse sur le résultat comptable et reflète notamment le coût croissant des impayés.
Le respect des normes prudentielles reste insuffisant
Le rapport de la Cobac relève également des manquements importants aux exigences prudentielles. Ainsi, 39 % des établissements déclarants ne respectent pas le ratio de couverture des immobilisations, qui vise à assurer un financement adéquat des actifs immobilisés.
La concentration des risques constitue une autre faiblesse : 36 % des établissements ne respectent pas la limite réglementaire applicable à leur exposition envers un même client ou un groupe de clients. Par ailleurs, 32 % ne satisfont pas à la norme encadrant les engagements envers les apparentés, c’est-à-dire les personnes ou entités liées à l’établissement.
Enfin, 26 % des établissements présentent un ratio de liquidité inférieur au minimum réglementaire. Cette situation peut fragiliser leur capacité à faire face à leurs obligations financières à court terme.
Des mesures de surveillance renforcées
Face aux difficultés observées, la Commission bancaire de l’Afrique centrale a placé certains établissements sous administration provisoire. Cette mesure vise à encadrer leur gestion et à répondre aux situations jugées préoccupantes.
L’ensemble de ces indicateurs souligne les défis auxquels reste confronté le secteur de la microfinance dans la Cemac. La hausse des créances en souffrance, la chute du résultat net et les insuffisances dans le respect des normes prudentielles mettent en évidence la nécessité de renforcer la gouvernance, la maîtrise du risque de crédit et les mécanismes de contrôle interne.







