Le Sénégal veut tourner la page des tensions financières et ouvrir une nouvelle étape de sa coopération avec le Fonds monétaire international (FMI). Deux semaines après l’accord conclu au niveau des services du Fonds, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a rencontré, mardi 15 septembre 2026 à Washington, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva.
L’entretien, tenu au siège de l’institution en présence du ministre chargé de l’Économie et des Finances et de la délégation sénégalaise, intervient à un moment clé pour les finances publiques du pays. Le nouvel accord envisagé, d’une durée de 36 mois et d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, doit encore être soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d’administration du FMI.
Un nouveau programme après l’accord du 1er septembre
La rencontre de Washington intervient dans le prolongement de la mission du FMI menée à Dakar du 19 août au 1er septembre 2026. À son terme, les équipes du Fonds et les autorités sénégalaises sont parvenues à un accord au niveau des services sur les principales politiques économiques devant soutenir le nouveau programme.
Celui-ci doit accompagner les réformes économiques et financières du Sénégal sur la période 2026-2029. Il vise notamment à restaurer la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, à réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures et à soutenir une croissance davantage portée par le secteur privé.
L’accord n’est toutefois pas encore définitif. Son approbation nécessite notamment des mesures correctrices dans le cadre du dossier de communication d’informations erronées ainsi que les assurances de financement nécessaires de la part des partenaires du Sénégal.
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Un dialogue maintenu malgré les difficultés financières
La rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Kristalina Georgieva intervient dans le cadre d’une relation institutionnelle ancienne entre le Sénégal et le FMI.
Le dialogue entre les deux parties s’est poursuivi alors que le Sénégal a entrepris de clarifier la situation de ses finances publiques et de sa dette. Cette démarche a conduit les équipes du Fonds à examiner de manière approfondie les données budgétaires et financières du pays avant de négocier les contours du nouveau programme.
L’accord du 1er septembre constitue ainsi une étape dans un processus de discussions engagé entre les autorités sénégalaises et le FMI. La prochaine échéance majeure sera désormais l’examen du programme par le Conseil d’administration.
Restaurer les finances publiques sans abandonner les dépenses sociales
L’un des enjeux centraux du futur programme est de concilier assainissement budgétaire et protection des ménages vulnérables.
Selon le FMI, la stratégie retenue repose notamment sur une meilleure mobilisation des recettes intérieures et une rationalisation des dépenses publiques. En parallèle, les autorités entendent renforcer les filets de protection sociale, notamment au moyen de transferts monétaires ciblés.
Cette orientation vise à réduire progressivement les déséquilibres des finances publiques tout en préservant les dépenses considérées comme prioritaires.
Le gouvernement sénégalais entend également poursuivre les réformes relatives à la gestion de la dette, au suivi des arriérés intérieurs et à la gouvernance des entreprises publiques.
Les subventions à l’énergie au centre des réformes
La réforme des subventions énergétiques figure également parmi les dossiers sensibles du programme.
Le FMI indique que les autorités prévoient de rationaliser les dépenses tout en protégeant les ménages vulnérables. Cette approche doit permettre de dégager des marges budgétaires sans réduire de manière disproportionnée le soutien destiné aux populations les plus exposées.
La stratégie budgétaire prévoit par ailleurs l’adoption, en 2027, d’une stratégie de recettes à moyen terme destinée à renforcer la mobilisation des ressources intérieures et à créer davantage d’espace pour les dépenses prioritaires.
Les entreprises privées au cœur du redressement
Le futur programme ne se limite pas aux finances publiques. Le développement du secteur privé constitue également l’un de ses axes.
Les réformes annoncées doivent contribuer à améliorer l’environnement des affaires, favoriser l’investissement et promouvoir l’inclusion financière. Le FMI présente cette orientation comme un élément destiné à soutenir une croissance durable tirée par le secteur privé.
Le règlement des arriérés intérieurs constitue, dans ce contexte, un enjeu important pour les entreprises. Leur apurement doit permettre d’améliorer leur trésorerie et de réduire les tensions financières qui peuvent peser sur leur activité et leur capacité d’investissement.
Une économie qui reste dynamique malgré les déséquilibres
Le nouveau programme intervient dans une économie sénégalaise qui conserve une dynamique de croissance, notamment grâce à l’entrée en production des hydrocarbures.
Selon le FMI, le PIB réel a progressé de 6,7 % en 2025, porté par la première année complète de production pétrolière. En revanche, la croissance hors hydrocarbures a ralenti à 2,2 %. Au premier trimestre 2026, cette dernière a rebondi à 4,7 % sur un an, soutenue notamment par la consommation privée.
Ces performances contrastent avec les fortes contraintes qui pèsent sur les finances publiques et la dette, ce qui explique l’importance accordée par le nouveau programme à la restauration de la viabilité budgétaire.
Vers une mobilisation accrue des partenaires financiers
Le programme soutenu par le FMI doit également servir de levier pour mobiliser d’autres financements extérieurs.
Selon le Fonds, sa mise en œuvre devrait contribuer à catalyser des financements de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires au développement.
L’enjeu dépasse donc les seuls décaissements du FMI. La validation du programme pourrait contribuer à rétablir un cadre de financement plus large autour des réformes économiques et des besoins de financement du Sénégal.
Une nouvelle phase de coopération
À Washington, l’entretien entre Bassirou Diomaye Faye et Kristalina Georgieva intervient ainsi à un moment charnière. Le Sénégal dispose désormais d’un accord au niveau des services sur les grandes orientations d’un nouveau programme, mais plusieurs étapes restent à franchir avant son approbation définitive.
Pour les autorités sénégalaises, le défi sera de mettre en œuvre les réformes annoncées tout en préservant les dépenses sociales et en créant les conditions d’une croissance davantage portée par l’investissement privé.
Pour le FMI, le programme doit permettre de restaurer la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, tout en renforçant la transparence budgétaire et les mécanismes de protection sociale.
La prochaine étape sera donc institutionnelle : l’examen du programme par le Conseil d’administration du FMI. D’ici là, les autorités sénégalaises devront poursuivre les mesures prévues et réunir les conditions nécessaires à la validation du nouvel accord.







