L’intégration économique de l’Afrique pourrait générer des gains importants si les pays parviennent à mieux connecter leurs marchés, leurs infrastructures et leurs chaînes de production. C’est l’un des principaux constats du nouveau rapport de la Banque mondiale, intitulé Integrating Africa: From Threads to Hubs.
Publié lors d’un événement organisé avec la Commission de l’Union africaine et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), le rapport estime que la prochaine étape de l’intégration africaine doit désormais consister à transformer les engagements continentaux en marchés opérationnels et en pôles de production régionaux.
L’enjeu dépasse ainsi la suppression des droits de douane. Il s’agit de permettre aux entreprises africaines de s’approvisionner, produire, se financer et commercialiser leurs biens et services au-delà des frontières dans un environnement plus prévisible.
La ZLECAf doit passer de l’accord à la mise en œuvre
Selon la Banque mondiale, les futurs gains de l’intégration dépendront notamment de la capacité des pays à améliorer la connexion entre leurs économies.
Cela passe par une meilleure interopérabilité des systèmes douaniers, des normes, des paiements, des transports, de l’énergie et des infrastructures numériques.
Cette approche doit permettre de réduire les obstacles qui continuent de freiner les échanges entre pays africains et d’encourager les entreprises à construire des chaînes de valeur dépassant les frontières nationales.
« L’Afrique dispose d’un accord de libre-échange continental. Aujourd’hui, tout l’enjeu réside dans sa mise en œuvre », souligne Ndiamé Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Est et australe.
L’objectif est notamment de contribuer à relier les 54 économies africaines au sein d’un marché continental de 1,5 milliard d’habitants, tout en favorisant l’émergence de pôles régionaux capables d’attirer davantage d’investissements et de créer des emplois.
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Le commerce des services pourrait progresser de plus de 60 %
Le secteur des services apparaît comme l’un des principaux leviers de cette transformation.
Le rapport estime qu’une libéralisation plus poussée des services de transport, de télécommunications, financiers et professionnels pourrait accroître le commerce des services au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) de 60 à 64 % d’ici 2035.
Une telle évolution permettrait également d’élargir les échanges entre les économies africaines et de favoriser la création d’emplois.
Actuellement, le commerce intrarégional représente environ un cinquième des exportations totales de l’Afrique subsaharienne.
Pour la Banque mondiale, l’approfondissement de ces échanges pourrait également modifier la structure des économies africaines. Les chaînes de valeur régionales sont généralement plus diversifiées et davantage tournées vers l’industrie manufacturière que les exportations destinées aux marchés mondiaux, qui restent largement concentrées sur les matières premières.
60 % des coûts commerciaux pourraient être réduits par des réformes nationales
L’un des enseignements majeurs du rapport concerne la nature des obstacles à l’intégration.
Environ 60 % des coûts commerciaux estimés proviendraient de mesures unilatérales ou de contraintes internes aux pays. Il s’agit notamment des lourdeurs douanières, des insuffisances logistiques, des restrictions dans le transport, de la fragmentation des normes, des obstacles dans les services et du déficit d’infrastructures.
Une grande partie des progrès pourrait donc être réalisée sans attendre de nouvelles négociations régionales.
La Banque mondiale cite notamment plusieurs leviers : guichets uniques électroniques, contrôles fondés sur le risque, concurrence accrue dans le transport de marchandises, simplification des règles d’origine et renforcement des institutions de normalisation.
Une plus grande ouverture des services de transport, financiers et professionnels pourrait également contribuer à réduire les coûts et à fluidifier les échanges.
Quatre priorités pour accélérer l’intégration
Pour transformer les ambitions continentales en résultats économiques concrets, le rapport structure son programme d’action autour de quatre priorités.
La première consiste à développer des chaînes de valeur régionales, en permettant à la production de s’organiser au-delà des frontières nationales.
La deuxième vise à réduire les frictions commerciales et réglementaires, notamment grâce à la simplification des procédures et à l’harmonisation des normes.
La troisième porte sur l’approfondissement et la mise en œuvre effective des accords commerciaux régionaux, avec un accent particulier sur leur application et leur respect.
Enfin, la quatrième priorité concerne la fourniture de biens publics régionaux, notamment les corridors de transport, les marchés régionaux de l’électricité, les réseaux numériques et les systèmes de paiement.
Mesurer l’intégration par ses effets sur les entreprises
Pour la Banque mondiale, la réussite de l’intégration africaine ne doit pas seulement être évaluée à travers le nombre d’accords conclus ou de réformes adoptées.
Elle doit surtout être mesurée à partir de résultats concrets pour les entreprises et les populations : réduction des délais aux frontières, baisse des coûts logistiques, amélioration de la fiabilité des infrastructures régionales, diminution des barrières non tarifaires et reconnaissance accrue des normes et qualifications.
Le rapport encourage également une hausse des investissements privés et une participation plus large des entreprises africaines aux chaînes de valeur régionales.
Un enjeu collectif pour les économies africaines
La transformation de l’intégration africaine nécessitera enfin une coordination entre les différentes institutions et acteurs concernés.
Pour Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, aucune institution ne peut porter seule ce chantier. Les États, les communautés économiques régionales, les institutions continentales et internationales ainsi que le secteur privé devront coordonner leurs efforts pour convertir les cadres existants en investissements et en réformes concrètes.
L’enjeu est désormais de passer d’une Afrique simplement reliée par des accords à une Afrique davantage connectée par ses chaînes de production, ses infrastructures, ses services et ses marchés.
La ZLECAf pourrait ainsi devenir un véritable instrument de transformation économique si sa mise en œuvre permet de réduire les coûts du commerce, de renforcer les échanges intra-africains et de favoriser l’émergence de pôles industriels régionaux.







