Le Groupe de la Banque africaine de développement met en garde contre une possible aggravation du déficit du financement du commerce en Afrique dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Présenté mercredi à Brazzaville à l’occasion des Assemblées annuelles 2026 de la BAD, le Rapport 2025 sur le financement du commerce dresse le portrait d’institutions financières africaines résilientes après la pandémie de Covid-19, mais toujours confrontées à de fortes contraintes structurelles.
Un déficit commercial encore estimé entre 74 et 92 milliards de dollars
Selon le rapport, la demande non satisfaite en financement du commerce en Afrique se situait entre 74 et 92 milliards de dollars en 2024.
Le déficit estimé à 74 milliards de dollars représente environ 5,4 % de la valeur totale des échanges de marchandises du continent.
Le document souligne toutefois une amélioration par rapport aux années précédentes grâce aux interventions des banques multilatérales de développement, des gouvernements, des agences de crédit à l’exportation et des banques internationales.
La BAD alerte sur de nouveaux risques mondiaux
Lors de la présentation du rapport, Anthony Simpasa a averti que les tensions géopolitiques et les perturbations commerciales mondiales pourraient remettre en cause les progrès réalisés depuis la pandémie.
Selon lui, une baisse de l’appétit pour le risque des banques correspondantes pourrait porter le déficit du financement du commerce entre 86,6 et 102,6 milliards de dollars d’ici 2027.
« Cela pourrait effacer une décennie de progrès », a-t-il averti.
Les banques africaines financent moins le commerce qu’avant la pandémie
Le rapport révèle également un recul du rôle des banques commerciales dans le financement du commerce africain.
Entre 2020 et 2024, les banques commerciales n’ont financé en moyenne que 23 % du commerce total africain, contre 40 % entre 2011 et 2019.
Parallèlement, le commerce intra-africain financé par les banques a fortement progressé, représentant désormais 34 % du commerce total financé, soit une hausse de 89 % par rapport à la période pré-Covid.
Cette évolution traduit l’accélération progressive de l’intégration économique régionale sur le continent.
Le manque de devises devient le principal obstacle
Le rapport identifie la pénurie de liquidités en devises étrangères comme le principal frein au développement du financement du commerce en Afrique.
Près de 36 % des banques interrogées considèrent ce problème comme leur principale contrainte, contre seulement 18 % avant la pandémie.
Cette difficulté limite fortement la capacité des banques africaines à accompagner les échanges internationaux et à financer les importations.
La numérisation du financement du commerce reste limitée
Autre constat du rapport : l’adoption des outils numériques dans le financement du commerce demeure encore faible sur le continent.
Seules 28 % des banques interrogées déclarent utiliser des plateformes numériques ou des solutions technologiques dédiées.
Les coûts élevés de mise en œuvre ainsi que les insuffisances des infrastructures technologiques figurent parmi les principaux obstacles à cette transformation digitale.
Les PME toujours exclues du financement commercial
Les discussions organisées après la présentation du rapport ont largement porté sur les difficultés persistantes des petites et moyennes entreprises africaines.
Francisca Tatchouop Belobe a dénoncé le « maillon manquant » dans le financement des PME africaines.
Selon elle, ces entreprises restent souvent trop importantes pour la microfinance mais insuffisamment structurées pour accéder au financement bancaire classique.
Elle a appelé les banques commerciales africaines à considérer le financement du commerce des PME comme un véritable secteur stratégique.
La BAD veut accélérer les réformes structurelles
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de développer un écosystème africain de financement du commerce plus résilient, plus numérique et plus intégré.
Didier Acouetey a notamment mis en avant la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), présentée comme un cadre continental capable de mobiliser davantage de capitaux africains.
De son côté, Admassu Tadesse a plaidé pour une accélération des initiatives de réduction des risques et des partenariats financiers afin de débloquer davantage de capitaux internationaux.
Les institutions de développement ont injecté 32 milliards de dollars par an
Le rapport souligne enfin le rôle crucial joué par les institutions de financement du développement (IFD) dans le soutien au commerce africain.
Entre 2020 et 2024, ces institutions ont facilité environ 32 milliards de dollars de financement du commerce chaque année, soit près de 3 % du commerce total de marchandises du continent.
Le Groupe de la Banque africaine de développement rappelle que son programme de financement du commerce, lancé en 2013, vise précisément à réduire les déficits de financement et à soutenir l’intégration commerciale africaine dans un environnement mondial de plus en plus fragmenté.







