Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont officiellement rejeté, le 22 décembre 2024, le moratoire de six mois proposé par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce délai visait à évaluer les implications techniques et opérationnelles de leur retrait annoncé en janvier dernier. Les trois pays, gouvernés par des régimes militaires, ont choisi de renforcer leur nouvelle entité régionale, l’Alliance des États du Sahel (AES), au détriment des négociations proposées par l’organisation ouest-africaine.
Lors d’un sommet tenu le 15 décembre à Abuja, la CEDEAO avait offert une période transitoire visant à maintenir les canaux de communication ouverts. Cependant, dans une déclaration officielle, les chefs d’État de l’AES, sous la présidence du général Assimi Goïta, ont affirmé le caractère irréversible de leur retrait, qualifiant le moratoire de « manœuvre de déstabilisation ».
L’AES a accusé des « agendas étrangers », principalement la France, de chercher à freiner la dynamique émancipatrice de leur alliance. Cette déclaration souligne les tensions persistantes entre ces pays du Sahel et les puissances occidentales, sur fond de redéfinition des alliances stratégiques dans la région.
Le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà alerté sur les conséquences économiques du retrait de ces trois pays enclavés. En février 2024, l’institution avait mis en garde contre une augmentation des coûts des transactions commerciales en raison de l’absence d’accès maritime et de la perte des avantages liés à l’intégration régionale.
Cependant, les autorités de l’AES se montrent résolues à minimiser ces impacts. Elles prévoient de renforcer les mécanismes de libre circulation des biens et des personnes dans la région ouest-africaine, tout en demeurant membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Depuis sa création, l’AES affiche des ambitions claires : redéfinir les relations économiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest. Les chefs d’État des trois pays ont dénoncé les sanctions et les menaces militaires de la CEDEAO, tout en critiquant le rôle jugé partial de certains membres influents de l’organisation régionale.
Malgré les frictions, l’AES reste déterminée à préserver ses échanges financiers avec les membres de l’UEMOA et à poursuivre ses initiatives pour sortir du franc CFA. Ces efforts visent à créer une souveraineté monétaire et économique accrue, en phase avec les aspirations panafricaines de l’alliance.
Les tentatives de médiation, menées par les présidents sénégalais Bassirou Diomaye Faye et togolais Faure Gnassingbé, n’ont pas encore permis de rapprocher les positions. L’avenir de la CEDEAO et de l’AES dépendra de la capacité des deux blocs à trouver un terrain d’entente ou à coexister dans un environnement marqué par des intérêts divergents.
D’ici là, les trois pays du Sahel semblent résolus à tracer leur propre voie, quitte à défier les structures régionales traditionnelles.








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