Quatre dirigeants d’entreprise africains sur cinq anticipent une progression de leurs activités transfrontalières au cours des douze prochains mois. C’est ce que révèle l’enquête 2026 du Conseil panafricain du commerce et de l’investissement (PAFTRAC), dont les résultats préliminaires ont été présentés lors du Forum public de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève.
Publiée le 6 octobre 2026 au Caire, cette enquête menée auprès de plus de 2 500 dirigeants montre que 81,3 % des cadres supérieurs interrogés s’attendent à une hausse de leurs activités commerciales transfrontalières. Elle met toutefois en évidence un décalage entre les ambitions d’intégration économique du continent et les obstacles qui freinent leur concrétisation, notamment le financement et la mise en œuvre des mécanismes de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Le commerce intra-africain gagne en attractivité
Selon les résultats préliminaires de l’enquête PAFTRAC 2026, le commerce intra-africain est devenu la principale destination commerciale ciblée par les dirigeants interrogés, devant la Chine, l’Europe et les États-Unis.
Cette orientation témoigne de l’intérêt croissant des entreprises pour les débouchés régionaux. Toutefois, les échanges de marchandises entre pays africains restent limités, représentant entre 15 % et 18 % du total des exportations du continent. Cette proportion a peu évolué malgré la mise en œuvre opérationnelle de la ZLECAf.
L’enquête, qui en est à sa sixième édition, a vu son échantillon passer de 400 répondants en 2021 à plus de 2 500 en 2026. Elle constitue ainsi un baromètre du sentiment des dirigeants africains sur les perspectives commerciales et les conditions nécessaires au développement des échanges.
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Un surcoût de 31 milliards de dollars lié au risque perçu
Les contraintes financières figurent parmi les principaux obstacles au développement du commerce transfrontalier africain. Selon les éléments présentés par PAFTRAC, les emprunteurs souverains et institutionnels africains supportent des conditions de financement pénalisantes en raison des évaluations de risque établies par les agences de notation occidentales.
Une analyse de la Société financière internationale (SFI) citée dans l’enquête estime à 31 milliards de dollars par an le surcoût associé à ces évaluations.
Pour le professeur Patrick Utomi, président de PAFTRAC, la perception du risque constitue un problème central. Il dénonce notamment des méthodologies de notation qui, selon lui, peuvent conduire à des conditions de financement défavorables pour des États africains pourtant stables.
Ces écarts de financement représentent, d’après lui, une charge supplémentaire pour les économies du continent et limitent leur capacité à développer leurs échanges commerciaux.
Le financement du commerce reste difficile pour les entreprises
Les conséquences de ces contraintes se reflètent dans les réponses des dirigeants interrogés. Au total, 57 % d’entre eux jugent difficile ou très difficile l’accès au financement du commerce pour les transactions transfrontalières.
La situation est particulièrement préoccupante pour les petites et moyennes entreprises (PME). La SFI estime leur déficit de financement en Afrique à plus de 331 milliards de dollars.
Ces difficultés limitent la capacité des entreprises à financer leurs opérations, à accéder à de nouveaux marchés et à tirer pleinement parti des possibilités offertes par l’intégration commerciale régionale.
ZLECAf : un écart entre les réformes et leur mise en œuvre
L’enquête révèle également un décalage entre les progrès associés à la ZLECAf et la connaissance des outils permettant d’en tirer parti. Si 70,2 % des répondants déclarent constater un impact opérationnel tangible des réformes liées à la zone de libre-échange, la maîtrise des mécanismes pratiques reste limitée.
Plus de la moitié des dirigeants interrogés ne connaissent pas le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). Ce dispositif vise à faciliter les paiements transfrontaliers en Afrique et à réduire les frictions liées à la compensation en dollars dans les transactions intra-africaines.
La connaissance d’autres instruments de la ZLECAf demeure également faible, notamment l’« E-Tariff Book », l’Observatoire africain du commerce et les outils de signalement des barrières non tarifaires.
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Transformer les ambitions commerciales en résultats concrets
Les résultats préliminaires de PAFTRAC mettent en lumière un paradoxe : les dirigeants africains affichent un intérêt croissant pour les échanges régionaux, mais les systèmes de financement et les mécanismes opérationnels ne leur permettent pas encore d’exploiter pleinement ces possibilités.
L’amélioration de l’accès au financement, la réduction des coûts liés au risque perçu et une meilleure connaissance des instruments de la ZLECAf apparaissent ainsi comme des enjeux majeurs pour renforcer le commerce intra-africain.
La progression des échanges dépendra donc autant de l’ambition des entreprises que de la capacité des institutions et des acteurs financiers à rendre l’intégration régionale plus accessible et plus efficace.







