La fintech américaine Wave, reconnue pour ses services de paiement mobile à bas coût en Afrique de l’Ouest, fait son entrée au Cameroun grâce à un partenariat stratégique avec Commercial Bank Cameroun (CBC). Autorisée par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) le 11 juin 2025, cette initiative, portée par Wave Transfer S.A., promet de bousculer un marché dominé par Orange et MTN. Cet article explore l’arrivée de Wave Cameroun, les services proposés, et leur impact potentiel sur l’inclusion financière dans le pays.
La COBAC, régulateur bancaire de la CEMAC, a donné son feu vert à CBC pour déployer le service « Wave » via une décision signée le 11 juin 2025 par son président, Yvon Sana Bangui. Cette autorisation, conforme aux alinéas 1, 2-b et 2-c de l’article 3 du règlement n° 04/18/CEMAC/UMAC/COBAC, permet à CBC de proposer :
- Versements et retraits d’espèces sur comptes bancaires ou de paiement.
- Opérations de paiement via carte ou dispositifs similaires.
- Virements ponctuels ou permanents associés à un compte bancaire ou de paiement.
Les services incluent les dépôts, retraits, transferts entre particuliers, paiements marchands, règlements de factures, transferts internationaux entrants, et achats de crédit téléphonique. Cependant, Wave n’est pas autorisé à émettre ou gérer de la monnaie électronique (alinéa 6), limitant son offre à des services de paiement adossés aux comptes CBC, et non à un service de mobile money autonome.
Un processus rigoureux d’approbation
Le déploiement de Wave au Cameroun a suivi un processus rigoureux. En juillet 2024, CBC a soumis une demande à la COBAC, qui a sollicité l’avis technique de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC). Dans une note datée du 3 mars 2025, la BEAC a confirmé l’absence d’« insuffisances bloquantes » et la conformité du projet avec les règles d’interconnexion et d’interopérabilité des systèmes de paiement de la CEMAC (Instruction n° 001/GR/2018). Cette validation a permis à la COBAC de finaliser l’autorisation, marquant une étape clé pour Wave.
Wave : Une stratégie éprouvée en Afrique de l’Ouest
Wave s’est imposée en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal (depuis 2018) et en Côte d’Ivoire (depuis 2021), grâce à une stratégie agressive : frais de transfert plafonnés à 1 %, retraits gratuits, et absence de frais cachés. Cette approche a forcé des opérateurs comme Orange et MTN à réduire leurs tarifs, comme au Sénégal où Orange Money a baissé ses frais de 80 % en 2021. Avec une valorisation de 1,7 milliard de dollars après une levée de fonds de 200 millions en 2021, Wave ambitionne de rendre les services financiers accessibles à des millions d’Africains, en ciblant d’abord les populations rurales avant de conquérir les centres urbains.
Un marché camerounais en pleine expansion
Le marché du mobile money au Cameroun connaît une croissance fulgurante. Entre 2019 et 2023, la valeur des transactions a bondi de 9 271 milliards à 24 331 milliards de FCFA (+162 %), le nombre de comptes actifs a grimpé de 144,4 % à 24,23 millions, et 2,4 milliards d’opérations ont été enregistrées en 2023 (+186,5 %). Avec 190 509 points de service, le secteur reste dominé par MTN et Orange, bien que des banques comme Afriland First Bank (Sara) et UBA (M2U) proposent leurs propres solutions. L’échec de YUP de Société Générale, retiré en 2022, montre les défis d’un marché ultra-concurrentiel.
L’impact potentiel de Wave au Cameroun
En s’appuyant sur CBC, créée en 1997 et dotée d’un capital de 16,5 milliards de FCFA depuis 2019, Wave introduit une alternative compétitive. Ses services, accessibles via l’application mobile de CBC, incluent la banque en ligne et mobile, renforçant l’offre existante de cartes bancaires adaptées. Cette alliance pourrait :
- Démocratiser les services financiers : Les frais réduits de Wave attirent les populations non bancarisées, favorisant l’inclusion financière.
- Intensifier la concurrence : Une pression accrue sur MTN et Orange pour réduire leurs tarifs.
- Renforcer CBC : Le partenariat élargit la clientèle et modernise l’image de la banque.
Les posts sur X reflètent l’enthousiasme pour cette arrivée, soulignant l’efficacité et les tarifs compétitifs de Wave, mais aussi l’ouverture d’une « bataille féroce » dans le mobile money.
Les défis à venir
Wave doit relever plusieurs défis pour s’imposer. L’absence d’autorisation pour émettre de la monnaie électronique limite son autonomie, la rendant dépendante de CBC. De plus, la conformité aux réglementations de la COBAC, notamment en matière de cybersécurité, reste cruciale dans un secteur vulnérable aux cyberattaques. Enfin, Wave devra investir dans l’infrastructure numérique et la sensibilisation pour pénétrer un marché où les opérateurs télécoms dominent.
L’arrivée de Wave Cameroun via son partenariat avec CBC, validé par la COBAC, marque une étape décisive pour l’inclusion financière au Cameroun. Avec ses tarifs compétitifs et son application intuitive, Wave pourrait redéfinir le paysage du paiement mobile, défiant les géants Orange et MTN. En s’appuyant sur l’expertise de CBC et le cadre réglementaire de la CEMAC, Wave pose les bases d’une révolution financière, promettant un accès plus large et abordable aux services de paiement pour des millions de Camerounais.









































