La Tunisie conserve sa note souveraine « B- » auprès de Fitch Ratings, avec une perspective stable. Si l’agence reconnaît plusieurs atouts à l’économie tunisienne, elle pointe également des fragilités persistantes, notamment sur les finances publiques et le financement de la dette.
Fitch prévoit ainsi un déficit budgétaire de 6,4 % du PIB en 2026 et une dette publique qui atteindrait 85 % du PIB.
Une économie qui conserve plusieurs atouts
Pour justifier le maintien de la note, Fitch met en avant plusieurs facteurs favorables. La Tunisie bénéficie notamment d’un niveau de développement humain et d’un revenu par habitant supérieurs à ceux de nombreux pays de la même catégorie de notation.
L’agence souligne également la diversification de l’économie, la qualification de la main-d’œuvre et une certaine résilience de la position extérieure du pays.
Ces éléments permettent à la Tunisie de conserver sa note malgré des indicateurs budgétaires nettement plus fragiles que ceux de plusieurs États comparables.
Un déficit budgétaire deux fois supérieur à la médiane
Le principal point de vulnérabilité reste la situation des finances publiques.
Fitch anticipe un déficit budgétaire de 6,4 % du PIB en 2026, soit près du double de la médiane de 3,3 % observée pour les pays bénéficiant d’une note « B ».
La hausse du coût des subventions aux carburants devrait notamment alourdir les dépenses publiques. À elle seule, cette progression ajouterait environ 0,8 point de PIB aux dépenses de l’État.
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Une dette publique à 85 % du PIB
La dette publique tunisienne devrait atteindre 85 % du PIB en 2026, contre une médiane de 55 % pour les pays comparables.
La structure de cette dette constitue également un facteur de risque. Environ 40 % de l’encours est libellé en devises, ce qui expose les finances publiques aux conséquences d’une dépréciation du dinar tunisien.
Les besoins de financement devraient par ailleurs rester importants. Fitch les estime à 13,5 % du PIB en 2028, hors refinancement de la dette à court terme.
Le financement direct de la Banque centrale sous surveillance
Le financement de l’État par la Banque centrale constitue un autre point important de l’analyse de Fitch.
La Banque centrale de Tunisie a accordé au gouvernement des prêts sans intérêt de 7 milliards de dinars en 2024, puis de nouveau 7 milliards en 2025, soit environ 2,07 milliards d’euros chaque année.
La loi de finances prévoit 11 milliards de dinars supplémentaires en 2026, correspondant à près de 3,25 milliards d’euros.
Selon Fitch, ce mécanisme de financement direct devrait prendre fin en 2027. L’État devra alors davantage solliciter le marché bancaire intérieur pour couvrir ses besoins de financement.
Le dinar reste sous pression
Sur le plan extérieur, la situation demeure également fragile. Fitch prévoit un déficit courant de 3,9 % du PIB en 2026.
L’agence relève par ailleurs une appréciation de 24 % du taux de change effectif réel entre 2019 et 2025, tandis que des pressions persistent sur le dinar.
Les restrictions mises en place depuis mai sur le financement de certaines importations n’ont pas complètement dissipé ces tensions.
Une croissance limitée à 2 % jusqu’en 2028
Les perspectives de croissance restent par ailleurs modestes.
Fitch prévoit une croissance réelle moyenne d’environ 2 % entre 2026 et 2028, tandis que l’inflation devrait atteindre 5,7 % en 2026, avant de revenir autour de 5 %.
Cette faible croissance complique les efforts de réduction de la dette, dans la mesure où elle limite la capacité de l’économie à générer suffisamment de ressources pour absorber les déséquilibres budgétaires.
Une perspective stable, mais peu de marge de manœuvre
La perspective stable associée à la note « B- » signifie que Fitch ne prévoit pas, à court terme, de modification de la notation souveraine tunisienne.
Elle ne constitue toutefois pas un blanc-seing pour les finances publiques. Le niveau élevé des déficits, les besoins de financement et l’exposition aux devises continuent de représenter des risques importants.
L’évolution de ces facteurs sera également déterminante pour le secteur bancaire tunisien et pour la capacité du pays à attirer et maintenir l’investissement.
La Tunisie conserve donc une note stable, mais dans un environnement financier sous forte pression, avec un défi majeur : réduire progressivement ses déséquilibres budgétaires tout en préservant la croissance et la stabilité financière.







