La balance commerciale de la Guinée équatoriale s’est nettement détériorée en 2024, illustrant l’essoufflement progressif de son modèle économique centré sur les hydrocarbures. Selon les données de l’Institut national de la statistique (INEGE), l’excédent commercial du pays s’est contracté de près de 40 %, pour s’établir à 1 815 milliards FCFA, contre 3 000,7 milliards FCFA en 2023. Il s’agit du niveau le plus bas enregistré depuis 2020.
Cette contre-performance marque une deuxième année consécutive de recul, dans un contexte défavorable combinant baisse des cours mondiaux et déclin structurel de la production pétrolière.
Les hydrocarbures, principal facteur de la dégradation
La détérioration de la balance commerciale est avant tout imputable à la chute des exportations d’hydrocarbures, qui constituent toujours le pilier du commerce extérieur équatoguinéen. En 2024, la valeur totale des exportations a reculé de 28,2 %, passant de 3 846,6 milliards FCFA en 2023 à 2 760,1 milliards FCFA.
Les combustibles minéraux, huiles minérales et produits de distillation, essentiellement le pétrole et le gaz, ont généré 2 387 milliards FCFA, soit 86,5 % des recettes d’exportation. Toutefois, ce montant représente une perte de plus de 1 000 milliards FCFA par rapport à l’année précédente.
Cette contraction s’explique par une double pression :
- la diminution des volumes exportés,
- et la baisse progressive du prix du brut équatoguinéen, passé de 80,8 dollars le baril à 72,3 dollars en 2024, soit une chute de 8,5 dollars en trois ans.
Une diversification encore marginale des exportations
En dehors des hydrocarbures, la Guinée équatoriale exporte quelques produits non pétroliers, notamment :
- les produits chimiques organiques (120 milliards FCFA),
- les instruments et appareils d’optique (62,5 milliards FCFA),
- le bois et ses dérivés (26,3 milliards FCFA),
- ainsi que les terres rares (9,5 milliards FCFA).
Ces filières restent toutefois marginales et insuffisantes pour compenser le recul des recettes pétrolières, confirmant la forte dépendance du secteur extérieur à l’industrie extractive et les limites du processus de diversification économique.
Des importations en hausse malgré le ralentissement économique
Du côté des importations, la tendance est à la hausse. En 2024, elles ont progressé de 11,7 %, pour atteindre 945 milliards FCFA, contre 845,8 milliards FCFA en 2023. La Guinée équatoriale demeure un importateur net de produits manufacturés, de biens industriels et de produits alimentaires.
Cette augmentation est principalement tirée par les machines et équipements liés au secteur pétrolier, dont les importations ont bondi de 44 %, pour un coût de 126,8 milliards FCFA. Néanmoins, la progression des importations s’est révélée moins dynamique qu’en 2023, en cohérence avec le ralentissement économique observé dans le pays, marqué par une contraction de 5,5 % du PIB en 2024, selon le FMI.
Un modèle économique sous pression
La forte dégradation de la balance commerciale en 2024 met en évidence la vulnérabilité structurelle de l’économie équatoguinéenne, toujours très exposée aux chocs externes liés aux marchés pétroliers. Dans un contexte de transition énergétique mondiale et d’épuisement progressif des champs matures, la question de la diversification économique apparaît plus pressante que jamais pour Malabo.
À défaut d’une accélération des réformes et du développement de secteurs alternatifs, la capacité du pays à préserver ses équilibres extérieurs pourrait rester durablement fragilisée.









































