Taxe Mobile Money Sénégal – Depuis octobre 2025, le Sénégal applique une nouvelle taxe sur les transactions financières électroniques. Instaurée par la loi n° 2025-17 du 27 septembre 2025, cette réforme vise à élargir les ressources publiques destinées aux priorités sociales. Elle intervient dans un contexte où l’État cherche à réduire sa dépendance à l’endettement extérieur.
La mesure s’articule autour de deux prélèvements. Le premier impose une retenue de 0,5 % sur chaque paiement reçu par les commerçants via des solutions électroniques, retenue effectuée directement par les opérateurs de téléphonie mobile. Le second concerne l’ensemble des opérations de transfert d’argent, quel que soit le canal utilisé. Ce prélèvement est également fixé à 0,5 %, avec un plafond de 2 000 FCFA par transaction.
Certaines opérations échappent toutefois à cette taxe : dépôts d’espèces sur un compte, retraits d’un montant inférieur ou égal à 20 000 FCFA sur 24 heures, virements bancaires classiques, transferts internes à un même prestataire, opérations effectuées par l’État, ou encore paiements de salaires et bourses.
Un outil pour renforcer les recettes publiques
Face à une dette publique estimée à près de 118 % du PIB fin 2024, l’exécutif cherche à mobiliser davantage les capacités contributives de l’économie nationale. En combinant les deux mécanismes de taxation, l’État estime pouvoir collecter 230 milliards FCFA sur trois ans. Ces fonds doivent soutenir le Plan de redressement économique et social (2025-2028), inscrit dans la stratégie « Sénégal 2050 », dont le coût total est évalué à 5 667 milliards FCFA.
Cependant, cette nouvelle taxe touche un secteur devenu central dans l’inclusion financière et les échanges quotidiens. En 2024, le taux de pénétration de la monnaie électronique atteignait 197,83 %, contre 28,83 % en 2014, selon la BCEAO. À l’inverse, les services bancaires traditionnels ne représentaient que 1,20 % de pénétration. La microfinance restait également marginale.
La GSMA note également une croissance rapide du Mobile Money : entre 2013 et 2023, le nombre de comptes est passé de 7 à 38 millions, tandis que la valeur des transactions a été multipliée par 3,3 pour atteindre 230 millions de dollars en 2023. L’organisation estime qu’à fin 2023, cette activité a ajouté 6 milliards de dollars au PIB national.
Les risques observés dans d’autres pays
Pour les acteurs de la finance numérique, les précédents internationaux incitent à la prudence. En Tanzanie, l’application d’une taxe sur les transferts et retraits en juillet 2021 a entraîné, en quelques semaines, une baisse de 17 % du volume et de 28 % de la valeur des transactions. Le gouvernement a dû abaisser la taxe à trois reprises entre 2021 et 2022.
Au Ghana, une taxe de 1,5 % (e-levy) instaurée en 2022 a provoqué un recul significatif des usages, de nombreux consommateurs revenant aux paiements en espèces. Les recettes générées n’ont atteint qu’environ 10 % des prévisions initiales.
Inquiétudes pour l’écosystème sénégalais
Au Sénégal, plusieurs organisations, dont l’Organisation des professionnels des TIC (OPTIC), craignent que la taxe n’entraîne un renchérissement du coût de la vie et une diminution du pouvoir d’achat. Elles estiment qu’elle pourrait également freiner l’adoption des paiements numériques, moteur essentiel de l’économie informelle.
La mesure pourrait également entrer en contradiction avec les initiatives régionales portées par la BCEAO, notamment la plateforme de paiement instantané PI-SPI, opérationnelle depuis septembre 2025. Si chaque transaction devient plus coûteuse, l’adhésion à ces nouveaux outils pourrait être affectée.
La mise en œuvre de cette taxe apparaît ainsi comme un choix stratégique à double tranchant : elle peut accroître les ressources publiques, mais aussi fragiliser un secteur qui contribue fortement à l’inclusion financière et à la modernisation économique du pays









































