Le 30 octobre 2024, Standard & Poor’s (S&P) a abaissé la note de crédit du Congo pour ses obligations de longue maturité en devises étrangères, la faisant passer de « B- » à « CCC+ », et pour les émissions en monnaie locale, avec une dégradation de quatre crans, de « B- » à « CC ». Cette décision intervient après l’annonce par le gouvernement congolais de son Programme national d’optimisation de la trésorerie (PNOT), destiné à restructurer la dette intérieure en prolongeant les échéances de remboursement.
Le PNOT vise à alléger la pression sur les finances publiques en offrant aux investisseurs un échange des obligations locales actuelles pour de nouvelles obligations à maturité plus longue, jusqu’à 10 ans. L’objectif du programme est de rééquilibrer le calendrier d’amortissement du Congo. Cependant, S&P souligne que les perspectives associées à ces nouvelles notations sont « négatives », témoignant d’un risque accru pour les investisseurs.
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La situation financière actuelle du Congo est particulièrement préoccupante, avec un stock de dettes publiques s’élevant à 2 314 milliards de FCFA (environ 4 milliards de dollars US) en septembre, dont 62,7 % sont détenus par des investisseurs nationaux. Avec des recettes publiques déjà sous tension, la réussite de ce programme de reprofilage est jugée cruciale pour le gouvernement congolais. Dans le cas contraire, le risque d’insolvabilité pourrait augmenter, ce qui pèserait encore davantage sur la crédibilité du pays auprès des créanciers et des investisseurs.
L’agence de notation S&P reste préoccupée par la situation de liquidité du Congo, en particulier après plusieurs retards de paiement enregistrés cette année sur des obligations intérieures. En mai 2024, le pays n’a pas pu honorer à temps une obligation du Trésor d’une valeur de 630 millions FCFA, et en août, un retard de paiement a été observé sur deux obligations d’un montant total de 30,6 milliards FCFA. Bien que le gouvernement ait initialement attribué ces incidents à des « problèmes techniques », Ludovic Ngatse, le ministre du Budget et des Comptes publics, a récemment admis que la trésorerie nationale était dans une situation tendue, avec des arriérés en croissance tant au niveau intérieur qu’extérieur.
Selon les estimations du FMI, la dette publique du Congo devrait atteindre 94,5 % du PIB d’ici la fin de 2024, avec un service de la dette absorbant plus de 60 % des recettes publiques. Cette situation rend la gestion de la dette encore plus complexe, car les fonds nécessaires au remboursement de la dette actuelle réduisent la capacité du gouvernement à financer ses propres priorités budgétaires.
Le FMI a salué l’initiative du PNOT comme un premier pas vers une meilleure gestion de la dette du Congo, mais les experts avertissent que ce type de restructuration reste risqué, en particulier si les investisseurs refusent de prolonger les échéances actuelles. En effet, S&P prévient que l’instabilité de la situation de liquidité pourrait dissuader les créanciers internationaux de s’engager dans de nouvelles opérations avec le Congo, fragilisant davantage la situation économique du pays.
La dégradation de la note du Congo par S&P souligne la gravité des défis financiers auxquels le pays fait face, alors qu’il cherche à éviter un défaut de paiement. Si le programme de reprofilage de la dette intérieure réussit, cela pourrait offrir une marge de manœuvre bienvenue au gouvernement pour améliorer sa situation budgétaire. Cependant, les perspectives restent incertaines, et un échec pourrait aggraver la pression sur les finances publiques, limitant la capacité du Congo à honorer ses engagements envers ses créanciers.







