Le Soudan du Sud intensifie ses efforts pour bâtir une infrastructure numérique nationale, condition essentielle à sa transformation économique. Dans un contexte où l’écosystème digital demeure encore embryonnaire, les autorités multiplient les initiatives pour renforcer la gouvernance, la souveraineté et la valorisation économique des infrastructures télécoms.
La semaine dernière, un comité de supervision des services de passerelle internationale et du centre de données a été officiellement mis en place. Créé par l’Autorité nationale des communications (NCA) avec l’appui technique de la société suisse mgi Communications AG (MGI), cet organe vise à renforcer le contrôle institutionnel sur des infrastructures jugées stratégiques.
Parmi ses priorités figurent la numérisation des flux de revenus de la passerelle internationale du Soudan du Sud (SSIGW), la modernisation des infrastructures numériques pour soutenir la transformation digitale, ainsi que la garantie que les opérations respectent strictement la souveraineté nationale et les impératifs de sécurité.
Selon la NCA, le renforcement de la supervision réglementaire et la digitalisation de la collecte des revenus doivent permettre aux ressources nationales de communication de contribuer plus directement à la croissance économique et à l’indépendance technologique du pays.
Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation numérique de l’État. Le président sud-soudanais a récemment signé un décret imposant la numérisation de toutes les institutions publiques. L’exécutif y voit un levier majeur pour stimuler l’innovation, améliorer la productivité, favoriser l’accès aux marchés internationaux, créer des emplois et promouvoir une croissance plus inclusive, appuyée sur la donnée.
Pour soutenir cette ambition, le gouvernement mise sur le renforcement massif de l’infrastructure numérique. En juillet 2025, un budget de plus de 9 milliards de dollars a été approuvé pour le déploiement de la dorsale nationale de fibre optique. Les travaux d’installation de 2 400 kilomètres de fibre doivent débuter en décembre 2025, tandis que le ministère des TIC a annoncé des mesures destinées à réduire le coût d’accès à Internet, aujourd’hui l’un des plus élevés de la région.
Malgré ce potentiel, l’économie numérique du Soudan du Sud reste faiblement développée. Dans une étude diagnostique publiée en 2023, la Banque mondiale souligne que le pays souffre d’un accès à Internet limité et coûteux, ainsi que de l’absence d’un cadre réglementaire clair et prévisible, facteurs dissuasifs pour les investisseurs privés.
Ces fragilités se reflètent dans les classements internationaux. Le Soudan du Sud occupe l’avant-dernière place de l’Indice de développement de l’e-gouvernement (EGDI) des Nations unies, avec un score de 0,1191 sur 1, très inférieur aux moyennes africaine et mondiale. Pour l’indicateur relatif aux infrastructures télécoms, le pays n’atteint que 0,0547 sur 1.
À terme, le succès de la transformation numérique du Soudan du Sud dépendra de la capacité des autorités à traduire ces investissements colossaux en services numériques accessibles, à instaurer un environnement réglementaire crédible et à attirer des capitaux privés capables d’accélérer la modernisation du secteur.







