Logement : Shelter Afrique change de statut pour accélérer le financement en Afrique
La transformation de Banque de Développement Shelter Afrique en banque multilatérale de développement marque un tournant majeur pour le financement du logement sur le continent africain. Réunis à Rabat à l’occasion de la 45e Assemblée générale annuelle de l’institution, les actionnaires ont validé une évolution stratégique destinée à renforcer la capacité de l’organisation à mobiliser des ressources face à une crise du logement qui ne cesse de s’aggraver.
Cette mutation intervient dans un contexte où l’Afrique fait face à un déficit estimé à 53 millions de logements, nécessitant près de 1 400 milliards de dollars de financements, selon les chiffres présentés lors de la rencontre.
Une nouvelle étape dans l’histoire de Shelter Afrique
Créée en 1981, Shelter Afrique est aujourd’hui détenue par 44 États africains, aux côtés de la Banque africaine de développement et de Africa-Re.
Selon le président du Conseil d’administration, Lionel Zinsou, les nouveaux statuts ont été ratifiés par la majorité des actionnaires, permettant à l’institution d’opérer officiellement comme une banque multilatérale de développement à partir du 11 juin 2026.
Cette évolution juridique doit considérablement élargir son champ d’action et ses capacités de financement dans le secteur de l’habitat et du développement urbain.
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Un déficit de logements qui menace le développement urbain
Le thème de cette 45e Assemblée générale, « L’avenir des villes : financer un développement urbain inclusif, vert et résilient », reflète l’ampleur des défis auxquels le continent est confronté.
Selon les projections présentées à Rabat, le déficit de logements pourrait atteindre 130 millions d’unités d’ici 2030, sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation rapide.
La ministre marocaine de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a rappelé que près de 65 % des Africains vivront en milieu urbain à l’horizon 2050, accentuant les besoins en logements, infrastructures et services urbains.
Parallèlement, les coûts liés aux événements climatiques extrêmes pourraient atteindre entre 45 et 50 milliards de dollars par an d’ici 2040, renforçant la nécessité de développer des villes plus résilientes et durables.
De nouveaux leviers pour mobiliser davantage de capitaux
Grâce à son nouveau statut, Shelter Afrique pourra diversifier ses instruments financiers et attirer davantage d’investisseurs.
L’institution prévoit notamment de renforcer :
- l’émission d’obligations en monnaies locales ;
- le refinancement hypothécaire ;
- le financement de projets immobiliers structurants ;
- les partenariats public-privé dans le secteur du logement ;
- les mécanismes innovants de financement urbain.
Cette évolution devrait permettre de mobiliser des ressources supplémentaires pour soutenir les programmes nationaux de logement et réduire progressivement le déficit d’habitations sur le continent.
Le Maroc met en avant son expérience dans le logement social
Les travaux de l’assemblée ont également permis au Maroc de partager son expérience en matière d’habitat et d’inclusion financière.
Les autorités marocaines ont notamment présenté les résultats du programme d’aide directe au logement mis en œuvre entre 2024 et 2028. Ce dispositif prévoit des subventions comprises entre 70 000 et 100 000 dirhams pour les ménages éligibles et a déjà bénéficié à plus de 105 000 personnes.
Par ailleurs, les mécanismes de garantie Fogarim et Fogaloge ont facilité l’accès à la propriété pour environ 320 000 ménages, illustrant le potentiel des dispositifs de soutien à l’habitat.
Le logement, un moteur de croissance économique
Pour Thierno-Habib Hann, la question du logement dépasse largement le cadre social.
Le secteur constitue désormais un levier essentiel pour la création d’emplois, le développement des chaînes de valeur locales, l’amélioration des conditions de vie et le renforcement de la cohésion sociale.
Chaque projet immobilier génère en effet des retombées dans de nombreux secteurs tels que le bâtiment, les matériaux de construction, les services financiers, les transports ou encore les infrastructures urbaines.
Une ambition renforcée pour les villes africaines
La transformation de Shelter Afrique en banque multilatérale de développement illustre la volonté des États africains de se doter d’outils plus puissants pour répondre aux défis de l’urbanisation.
Alors que les villes africaines accueilleront plusieurs centaines de millions d’habitants supplémentaires au cours des prochaines décennies, la mobilisation de financements massifs devient indispensable pour construire des logements abordables, développer des infrastructures durables et améliorer la résilience des centres urbains face aux chocs climatiques.
À Rabat, les actionnaires ont ainsi posé les bases d’une nouvelle phase de développement pour Shelter Afrique, avec l’ambition de faire de l’institution un acteur central du financement du logement et de la transformation urbaine en Afrique.








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