Face à une situation économique critique, le Sénégal amorce un tournant décisif. Le Premier ministre Ousmane Sonko a dévoilé un plan de redressement économique et social qui entend réorienter le modèle de développement du pays en misant prioritairement sur les ressources internes. Présenté lors d’une cérémonie officielle à Dakar, ce plan très attendu marque une volonté affirmée de souverainiser l’économie sénégalaise, dans un contexte marqué par des tensions budgétaires, une dette élevée et un chômage préoccupant.
Le plan repose sur une stratégie de financement à 90 % par des ressources domestiques, sans recours massif à l’endettement extérieur. Il intervient alors que le pays fait face à un déficit budgétaire estimé à 14 % du PIB et une dette publique qui représente 119 % de ce même produit intérieur brut. Dans ce climat difficile, les autorités affirment vouloir reprendre le contrôle des finances publiques sans brader les ressources naturelles du pays.
Trois priorités structurent ce plan : la réduction progressive de la dette, la mobilisation efficace des recettes fiscales locales et la création de mécanismes de financement endogène. Des mesures fortes sont prévues, notamment la réduction du train de vie de l’État, la rationalisation des voyages officiels, la taxation de secteurs jusqu’ici peu fiscalisés comme le numérique ou les jeux en ligne, et une meilleure gestion des subventions énergétiques.
Le plan comprend aussi la renégociation des contrats pétroliers, gaziers et miniers, dans une logique de transparence et de souveraineté. Le gouvernement ambitionne ainsi de redonner au Sénégal une marge de manœuvre budgétaire tout en honorant ses engagements internationaux, notamment vis-à-vis des créanciers.
Cette feuille de route économique intervient alors que les relations avec le Fonds monétaire international sont tendues. L’institution a suspendu ses décaissements en attente de clarifications sur certains indicateurs budgétaires, suscitant des critiques de la part du Premier ministre. Selon lui, les institutions financières internationales doivent également assumer leur part de responsabilité dans la crise actuelle.
Sur le plan social, le gouvernement prévoit de maintenir les mesures de réduction du coût de la vie et de renforcer les aides destinées aux ménages les plus vulnérables. Le budget global de ce programme s’élève à 5 667 milliards de FCFA, soit l’équivalent du budget national pour l’année 2025.
Ce plan s’inscrit dans la continuité de la stratégie « Sénégal 2050 », un agenda de transformation présenté en octobre 2024 qui vise à repenser en profondeur le fonctionnement de l’État et de l’économie. En conjuguant rigueur budgétaire, ambition sociale et indépendance financière, le nouveau gouvernement entend jeter les bases d’un modèle de développement plus autonome et résilient.







