Bloomfield place la note souveraine du Sénégal sous surveillance
L’agence de notation financière Bloomfield Investment Corporation a révisé la perspective associée à la note souveraine du Sénégal de « Stable » à « Négative », tout en maintenant sa note de long terme à BBB+ et sa note de court terme à A3.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par une montée des tensions politiques et des inquiétudes croissantes concernant les finances publiques du pays.
Des tensions politiques au cœur des inquiétudes
Selon l’agence basée à Abidjan, cette révision reflète « la détérioration récente de l’environnement politique et institutionnel » du Sénégal.
Bloomfield évoque notamment la révocation de Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, un événement ayant accentué les tensions politiques et institutionnelles dans le pays.
L’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale suscite également des interrogations sur le fonctionnement des institutions. L’agence estime que cette situation pourrait compliquer la coordination économique et budgétaire de l’État et accroître les risques de blocage institutionnel.
Une dette publique sous forte pression
Au-delà du contexte politique, Bloomfield souligne la dégradation des équilibres macroéconomiques du Sénégal.
Le stock de la dette publique a atteint 119 % du PIB en 2024, un niveau largement supérieur au plafond communautaire fixé par l’UEMOA. Le déficit budgétaire global s’est établi à 13,4 % du PIB la même année.
L’agence met également en avant l’importance de la dette extérieure, estimée à 87,3 % du PIB, avec une forte exposition aux devises étrangères.
Selon Bloomfield, les besoins de refinancement demeurent particulièrement élevés aussi bien sur les marchés domestiques qu’internationaux, dans un environnement marqué par des contraintes de liquidité croissantes.
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Des risques accrus sur la capacité de financement
L’agence estime que les risques pesant sur la capacité du Sénégal à honorer ses engagements financiers se sont significativement renforcés.
Elle n’exclut pas l’apparition de tensions sur le service de la dette souveraine, notamment sur certaines obligations locales et internationales, si les pressions budgétaires et les difficultés de liquidité persistent.
La mise sous surveillance signifie désormais que Bloomfield suivra attentivement l’évolution de la situation politique, des finances publiques et des conditions d’accès aux financements au cours des prochains mois.
Le pétrole et le gaz soutiennent encore l’économie
Malgré cette révision de perspective, Bloomfield Investment Corporation continue de souligner plusieurs facteurs favorables à l’économie sénégalaise.
L’agence met notamment en avant le dynamisme de l’activité économique, la stabilité observée après les élections ainsi que le potentiel lié à l’exploitation pétrolière et gazière.
La croissance économique du Sénégal est estimée à 6,1 % en 2024, contre 4,3 % en 2023, portée principalement par les nouveaux projets énergétiques.
Bloomfield estime également que les efforts engagés pour améliorer la gestion des finances publiques et renforcer la mobilisation des recettes fiscales pourraient contribuer à stabiliser progressivement la situation.
Une perspective désormais dépendante des réformes
L’agence prévient toutefois qu’une aggravation des tensions politiques, une nouvelle dégradation budgétaire ou des difficultés accrues de refinancement pourraient entraîner une nouvelle révision de la note souveraine.
À l’inverse, un retour à un environnement institutionnel plus stable, accompagné de mesures crédibles de consolidation budgétaire et d’un regain de confiance des investisseurs, pourrait permettre au Sénégal de stabiliser sa perspective financière dans les prochains mois.







