Le rapport 2025 de la Banque mondiale sur l’Évaluation des politiques et des institutions (CPIA) maintient une note moyenne stagnante de 3,1 sur 6 pour les pays d’Afrique subsaharienne. Malgré quelques réformes positives, l’institution appelle les gouvernements à renforcer la qualité des services publics. En effet, des défaillances persistantes dans les secteurs clés comme l’infrastructure, la santé, l’éducation ou la sécurité nourrissent un mécontentement croissant et une perte de légitimité des pouvoirs publics.
Andrew Dabalen, économiste en chef pour l’Afrique, insiste sur la nécessité pour les citoyens de croire en la capacité de leurs gouvernements à transformer efficacement les ressources publiques en services essentiels. Cependant, derrière cette recommandation se cache une réalité complexe : une gouvernance largement encadrée depuis des décennies par les institutions de Bretton Woods, dont les prescriptions standardisées peinent à produire des résultats durables.
De nombreux analystes africains dénoncent l’agenda caché de ces institutions, qui conditionnent l’aide au développement à des politiques d’austérité, de privatisation ou de déréglementation, souvent au détriment des besoins sociaux fondamentaux. Pour ces experts, ces pratiques perpétuent une forme de dépendance postcoloniale, dissimulée sous le discours du partenariat.
Si le rapport reconnaît des progrès dans la discipline budgétaire, la transformation numérique ou la réglementation financière, ces avancées sont souvent vues comme une conformité accrue à des modèles économiques imposés de l’extérieur. La Banque mondiale met aussi en avant les politiques de protection sociale et d’autonomisation des adolescentes, mais ces priorités sont parfois perçues comme une ingérence dans les choix socioculturels locaux.
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Nicholas Woolley, auteur principal du rapport, souligne que la croissance économique ne suffit pas et appelle à renforcer la gouvernance et la transparence. Or, de nombreux pays africains remettent en cause cette gouvernance sous influence étrangère. La souveraineté politique et économique devient un impératif, avec une volonté croissante de rompre avec les schémas imposés par la Banque mondiale et le FMI.
Un nombre croissant de dirigeants africains plaide pour un nouveau modèle de développement fondé sur des institutions endogènes, des modèles économiques adaptés aux réalités locales, et une redéfinition des priorités en fonction des besoins réels des populations. Cette volonté d’indépendance s’inscrit dans une dynamique globale de contrôle renouvelé de la trajectoire du continent.
Le rapport CPIA 2025 illustre ainsi les limites d’une évaluation extérieure qui, malgré son apparence technique, reste ancrée dans une logique de contrôle. Face à cela, l’Afrique affirme de plus en plus sa détermination à tracer sa propre voie.











































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