Ouganda : la question cruciale de l’accessibilité des smartphones
En Ouganda, les opérateurs télécoms montent au créneau pour améliorer l’accès aux outils numériques. Ils ont récemment appelé le Parlement à supprimer les droits de douane sur les smartphones d’entrée de gamme, une mesure jugée essentielle pour démocratiser l’usage des services digitaux.
Cette initiative intervient alors que le gouvernement encourage parallèlement la production locale d’équipements électroniques, notamment des téléphones et ordinateurs, afin de réduire les coûts et stimuler l’économie numérique.
Une fiscalité jugée pénalisante
La demande des opérateurs, portée notamment par Dennis Kakonge de MTN Uganda, met en lumière le poids de la fiscalité sur les appareils mobiles. Selon eux, les taxes actuelles rendent les smartphones difficilement accessibles pour une grande partie de la population.
Le taux d’imposition combiné sur les téléphones atteint environ 30 %, incluant près de 10 % de droits de douane et 18 % de TVA, d’après les données de la GSMA. Une pression fiscale qui favorise également le développement de circuits informels et de la contrebande.
Un frein majeur à l’inclusion numérique
Au-delà de la question fiscale, c’est l’ensemble de l’écosystème numérique qui est concerné. Le coût élevé des smartphones limite l’accès aux services en ligne, qu’il s’agisse de mobile money, d’éducation numérique ou de services administratifs dématérialisés.
Selon la Banque mondiale, seulement 27 % des adultes possédaient un smartphone en 2024. De son côté, l’Union internationale des télécommunications estime le taux de pénétration d’Internet à environ 9 % dans le pays, tandis que la GSMA indique que près de 30 millions de personnes restent non connectées.
Un enjeu d’équité sociale
L’accessibilité financière reste l’un des principaux obstacles. En Afrique subsaharienne, le prix médian d’un smartphone d’entrée de gamme était estimé à 39 dollars en 2024. Ce montant représente environ 26 % du revenu moyen, mais grimpe à 64 % pour les 40 % les plus pauvres et jusqu’à 87 % pour les 20 % les plus défavorisés.
Les disparités sont également marquées selon le genre, avec un effort financier estimé à 32 % du revenu pour les femmes, contre 23 % pour les hommes.
Vers une réforme du modèle de taxation ?
En plaidant pour la suppression des droits de douane et la réduction des taxes, les opérateurs espèrent enclencher un cercle vertueux : baisse des prix, hausse de l’équipement, élargissement de la base d’utilisateurs et, à terme, augmentation des revenus liés aux services numériques.
Dans un contexte où la transformation digitale est devenue un levier clé de croissance, la réforme de la fiscalité sur les équipements apparaît comme un enjeu stratégique pour l’Ouganda, mais aussi pour l’ensemble du continent africain.







