Au Nigéria, la suppression des frais bancaires prend une nouvelle tournure avec l’annonce audacieuse de Sterling Bank, qui a décidé de supprimer les frais de transfert sur son application mobile ainsi que les frais d’émission de cartes ATM. L’annonce, effectuée le 1er avril 2025, a d’abord suscité le scepticisme, mais les utilisateurs ont rapidement constaté que les transactions étaient effectivement exemptes de frais.
Cette initiative a provoqué un vif débat national sur la structure tarifaire des banques commerciales, la durabilité de modèles sans frais et la nécessité d’une expérience bancaire plus inclusive et centrée sur le client.
Un système bancaire basé sur les frais
Actuellement, les frais de transfert au Nigéria varient entre 10 et 50 nairas, en fonction du montant, auxquels s’ajoute une TVA de 7,5 %. Ces frais représentent une source de revenus cruciale pour les banques. En 2024, Zenith Bank a généré 80,05 milliards de nairas grâce aux frais électroniques, contre 51,8 milliards en 2023. UBA, de son côté, a engrangé 284,7 milliards de nairas, en hausse de 85,9 % par rapport à l’année précédente. GTCO Plc a également bénéficié de 56 milliards de nairas issus des services électroniques et de commissions diverses.
Bien que rentables, ces frais sont perçus comme un poids pour les clients. Certains dénoncent leur impact sur le pouvoir d’achat, d’autres préfèrent payer pour une meilleure qualité de service.
Clients partagés entre coût et service
À Benin City, une cliente nommée Kiki affirme préférer la gratuité, malgré un service parfois défaillant. À l’inverse, Anthony, autre client interrogé, se dit prêt à payer pour une prestation plus rapide et plus efficace, illustrant le dilemme entre accessibilité et performance.
La politique de zéro frais de Sterling Bank pourrait modifier les attentes des consommateurs, surtout si elle s’accompagne d’une amélioration des services. Toutefois, les pannes techniques récurrentes dans les infrastructures bancaires du pays, notamment chez Sterling, Zenith ou GTCO, montrent que l’enjeu dépasse la simple question des tarifs.
Une stratégie durable ou un coup marketing ?
Certains observateurs restent sceptiques sur la viabilité d’une telle politique. Un cadre d’une grande banque a évoqué une stratégie promotionnelle destinée à attirer l’attention, en référence aux précédentes campagnes controversées de Sterling Bank, comme celle de Pâques 2022, largement critiquée pour son manque de sensibilité religieuse.
En revanche, Muda Yusuf, président du Centre pour la promotion de l’entreprise privée (CPPE), considère cette démarche comme un modèle de capitalisme compatissant. Il invite les banques à revoir leur position dans un contexte de précarité croissante, en suggérant que céder une part de leurs marges pourrait renforcer leur légitimité et leur pérennité.
Vers une transformation du secteur bancaire ?
Alors que l’économie nigériane reste marquée par une inflation élevée et un taux de pauvreté préoccupant, la décision de Sterling Bank pourrait faire école, à condition de démontrer sa résilience. Si elle s’inscrit dans une stratégie à long terme, combinant gratuité partielle, innovation technologique et amélioration du service client, elle pourrait marquer un tournant dans le secteur bancaire nigérian.







