Le groupe sud-africain MTN veut franchir une nouvelle étape dans sa diversification vers les services financiers. L’opérateur télécom envisage d’obtenir des licences bancaires sur certains marchés africains afin de pouvoir, à terme, accorder directement des crédits à ses clients avec ses propres ressources.
L’annonce a été faite mardi par le directeur général du groupe, Ralph Mupita, alors que MTN cherche à mieux valoriser sa vaste base d’abonnés et les volumes de transactions réalisés sur ses plateformes numériques.
MTN veut passer du rôle d’intermédiaire à celui de prêteur
MTN propose déjà des services de crédit dans plusieurs marchés africains, mais ceux-ci reposent actuellement sur des partenariats avec des établissements bancaires. Lorsqu’un client emprunte via son téléphone, les fonds sont ainsi fournis par une banque partenaire, tandis que MTN assure notamment l’accès au service à travers ses plateformes.
Le groupe souhaite progressivement faire évoluer ce modèle.
L’obtention d’une licence bancaire permettrait à MTN de collecter des dépôts et de financer directement certains prêts, en utilisant ses propres ressources. Le groupe conserverait toutefois ses partenariats avec les banques afin de continuer à proposer différentes solutions de crédit.
Pour Ralph Mupita, le crédit constitue désormais l’un des principaux relais de croissance potentiels du groupe. MTN étudie ainsi la possibilité de solliciter une licence sur les marchés où il dispose à la fois d’une importante clientèle et de volumes significatifs de transactions numériques.
Le mobile money ouvre la voie au crédit
Cette stratégie s’inscrit dans une transformation plus large du secteur financier africain. Les opérateurs télécoms disposent aujourd’hui d’un avantage important : leurs plateformes de mobile money leur donnent accès à des millions de clients et à un volume considérable de données transactionnelles.
Ces informations peuvent notamment permettre d’évaluer certains comportements financiers, comme la régularité des paiements ou les flux de revenus, et ainsi contribuer à l’évaluation de la capacité de remboursement des clients.
Le développement du crédit apparaît donc comme une extension naturelle des activités de paiement mobile, particulièrement dans les marchés où une partie importante de la population reste insuffisamment desservie par le système bancaire traditionnel.
MTN n’est pas seul sur ce marché
Le groupe sud-africain n’est toutefois pas le premier acteur des télécommunications ou de la fintech à vouloir rapprocher paiement mobile et services bancaires.
Au Kenya, le service M-Pesa, développé par Safaricom, propose déjà des services de paiement, d’épargne et de crédit. D’autres acteurs africains de la fintech se positionnent également sur le marché bancaire.
Au Nigeria, Flutterwave a obtenu en 2026 une licence de banque de microfinance. En Côte d’Ivoire, Wave Bank Africa, créée en 2025 avec un capital de 20 milliards de FCFA, a engagé une procédure d’agrément bancaire.
De son côté, Orange dispose déjà d’Orange Bank Africa, tandis qu’AXIAN a obtenu aux Comores une licence lui permettant de développer une institution financière digitale.
Une bataille pour capter les services financiers
Derrière cette évolution se joue une transformation profonde du paysage financier africain. Les opérateurs télécoms disposent d’un accès direct à des millions de consommateurs grâce à leurs réseaux mobiles, tandis que leurs plateformes numériques leur permettent de développer progressivement des services financiers au-delà des simples transferts d’argent.
Pour MTN, l’objectif est désormais de transformer cette proximité avec les clients en nouvelle source de revenus, en particulier dans le crédit.
Si le groupe obtient les licences envisagées, il pourrait ainsi renforcer son contrôle sur l’ensemble de la chaîne, depuis les paiements et la collecte de dépôts jusqu’à l’octroi de prêts. Cette évolution pourrait également intensifier la concurrence entre opérateurs télécoms, fintechs et banques traditionnelles sur le marché des services financiers africains.







