Cameroun : Moody’s maintient la note « Caa1 » et pointe les fragilités budgétaires
L’agence américaine Moody’s a maintenu la note souveraine du Cameroun à « Caa1 », avec une perspective stable, à l’issue de son examen périodique achevé le 21 août 2026. Si cette décision confirme l’absence de nouvelle dégradation à court terme, l’agence reste préoccupée par les tensions de trésorerie, la hausse du coût du financement et les risques politiques qui pèsent sur la signature souveraine.
Le Cameroun conserve sa notation souveraine « Caa1 » auprès de Moody’s. La perspective stable traduit une volonté de l’agence de maintenir son évaluation actuelle malgré plusieurs vulnérabilités persistantes de l’économie camerounaise.
La situation des finances publiques demeure notamment au cœur des préoccupations. Le recours accru aux financements commerciaux, dans un contexte de pression sur le marché obligataire régional, limite les marges de manœuvre du Trésor.
Une dette publique sous pression
Le recours croissant aux emprunts commerciaux constitue l’un des principaux facteurs de risque identifiés dans l’évaluation.
Le Cameroun aurait déjà mobilisé une part importante de ses besoins de financement annuels au premier semestre, alors que les conditions d’accès au marché régional demeurent relativement contraignantes.
La dette publique devrait ainsi atteindre environ 45 % du PIB. Cette évolution est également liée à la prise en compte dans les comptes de l’État de certains engagements financiers, notamment ceux associés à la société nationale d’électricité.
Dans ce contexte, l’allongement de la maturité des titres publics apparaît comme un enjeu important pour le Trésor, qui cherche à réduire la pression exercée par les échéances de court terme.
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Une croissance revue à 3,4 %
Moody’s table par ailleurs sur un ralentissement de l’activité économique. La croissance du PIB est désormais attendue à 3,4 % en 2026.
Plusieurs facteurs expliquent cette prudence. Les difficultés dans l’avancement de certains projets structurants, les contraintes de financement et la baisse de la production pétrolière limitent les perspectives d’accélération de l’économie.
Le poids des subventions aux carburants constitue également une source de pression sur les finances publiques. Dans le même temps, le financement de secteurs susceptibles de diversifier les moteurs de croissance, notamment l’agriculture et l’hydroélectricité, reste insuffisant.
Le risque politique reste surveillé
Au-delà des indicateurs budgétaires, Moody’s maintient une attention particulière sur le risque politique et institutionnel.
Les interrogations concernant la succession politique et la capacité des institutions à assurer une transition ordonnée constituent un facteur susceptible d’influencer la perception des investisseurs.
Cette incertitude intervient alors que le Cameroun doit parallèlement faire face à des dépenses sécuritaires importantes, notamment dans les régions anglophones et dans l’Extrême-Nord.
La capacité des autorités à préserver la stabilité institutionnelle sera donc déterminante pour maintenir la confiance des marchés et des partenaires financiers.
Les arriérés intérieurs, un autre point de vigilance
La question des arriérés de paiement intérieurs reste également déterminante pour la qualité du crédit souverain.
Un apurement durable de ces obligations permettrait de restaurer la confiance des entreprises et d’améliorer les conditions de financement de l’économie domestique.
Pour les autorités camerounaises, l’enjeu consiste désormais à améliorer la gestion budgétaire tout en diversifiant les sources de financement afin de réduire la dépendance aux recettes pétrolières et aux conditions du marché régional.
Une perspective stable, mais une marge de manœuvre limitée
Le maintien de la note Caa1 avec perspective stable ne constitue donc pas nécessairement un signal de confort. Il traduit plutôt une stabilisation de l’évaluation de Moody’s, alors que plusieurs risques demeurent élevés.
La trajectoire de la dette, l’apurement des arriérés, l’accès aux liquidités régionales, la mobilisation de financements à plus long terme et la diversification de l’économie seront déterminants pour l’évolution future de la notation camerounaise.
À court terme, le principal défi du Cameroun sera ainsi de préserver sa capacité à honorer ses engagements financiers tout en créant suffisamment d’espace budgétaire pour financer les investissements nécessaires à une croissance plus durable.







