Mali : Moody’s passe la perspective de la note souveraine à négative
L’agence de notation financière Moody’s a abaissé la perspective de la note souveraine du Mali de « stable » à « négative », tout en maintenant sa notation de long terme à Caa2. Cette décision reflète l’inquiétude croissante des investisseurs face à la dégradation de la situation sécuritaire et aux incertitudes politiques qui pèsent sur les perspectives du pays.
Une dégradation liée à l’aggravation de l’insécurité
Dans son évaluation publiée le 29 mai 2026, Moody’s estime que les risques sécuritaires constituent désormais la principale menace pour la solvabilité du Mali.
L’agence souligne la multiplication des attaques armées dans plusieurs régions du pays, qui fragilisent davantage l’autorité de l’État et compliquent la gestion du territoire. Selon elle, cette détérioration de l’environnement sécuritaire accroît le risque d’affaiblissement progressif des institutions et de perturbation des activités économiques.
Moody’s relève également que l’instabilité persistante alimente les incertitudes politiques, alors que la transition en cours reste marquée par le report du retour à l’ordre constitutionnel, après l’annulation de l’élection présidentielle et la dissolution des partis politiques en 2025.
Une économie qui conserve des facteurs de résilience
Malgré ces risques, l’agence a décidé de maintenir la note souveraine du Mali à Caa2, estimant que les fondamentaux économiques demeurent relativement résistants.
La croissance économique a atteint 5,6 % en 2025, soutenue par la performance des secteurs agricole et des services, malgré le recul de la production aurifère et les difficultés dans le secteur énergétique.
Moody’s anticipe une croissance proche de 5 % par an au cours des trois prochaines années, portée notamment par le développement des activités minières et la poursuite des investissements publics.
Toutefois, cette projection reste fortement conditionnée à l’évolution de la situation sécuritaire dans le pays.
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Des finances publiques encore maîtrisées
L’agence note que les finances publiques maliennes ont jusqu’à présent démontré une certaine capacité de résistance.
Malgré l’augmentation des dépenses militaires et sécuritaires, qui ont représenté 4,9 % du PIB en 2025, le déficit budgétaire est resté contenu à une moyenne de 2,3 % du PIB entre 2023 et 2025.
La dette publique s’établit à 41,8 % du PIB, un niveau jugé encore modéré par rapport à plusieurs économies de la sous-région.
Un accès au financement de plus en plus contraint
Le principal sujet de préoccupation concerne désormais les capacités de financement de l’État.
Depuis les changements politiques intervenus ces dernières années, les financements concessionnels et les appuis budgétaires internationaux se sont fortement réduits. Les dons extérieurs sont passés de 3,3 % du PIB en 2020 à seulement 0,8 % du PIB en 2025, tandis que les flux de financement extérieur ont considérablement diminué.
Face à cette situation, Bamako s’appuie davantage sur le marché régional des titres publics de l’UEMOA pour couvrir ses besoins de financement.
Selon Moody’s, cette dépendance accrue pourrait entraîner une hausse progressive du coût de la dette ainsi qu’un raccourcissement des maturités des emprunts.
L’agence signale également l’apparition d’arriérés de paiement sur la dette extérieure, représentant environ 0,6 % du PIB à fin 2025, révélant des tensions persistantes sur la trésorerie publique.
Un signal d’alerte pour les investisseurs
Moody’s avertit qu’une nouvelle dégradation de la note souveraine pourrait intervenir si la situation sécuritaire continuait de se détériorer ou si l’accès du Mali au financement régional devenait plus difficile.
À l’inverse, une amélioration durable de la sécurité, associée à une réduction des risques de défaut, pourrait conduire à une stabilisation de la perspective.
Pour les investisseurs, cette décision constitue avant tout un signal de prudence. Si l’économie malienne conserve encore des facteurs de résilience et des perspectives de croissance relativement solides, la trajectoire financière du pays dépend désormais largement de sa capacité à contenir les défis sécuritaires et à préserver ses sources de financement.







