Madagascar mise 500 000 dollars sur le développement africain avec le FAD-17
Madagascar franchit une nouvelle étape dans sa relation avec le Groupe de la Banque africaine de développement. Le pays a annoncé une contribution de 500 000 dollars à la dix-septième reconstitution des ressources du Fonds africain de développement (FAD-17), le guichet concessionnel destiné aux pays africains à faible revenu et structurellement vulnérables.
Au-delà de son montant, cette contribution revêt une portée stratégique. Elle intervient après près de cinq décennies de coopération entre Madagascar et le Groupe de la Banque africaine de développement et illustre la volonté du pays de participer davantage au financement des priorités de développement du continent.
Un engagement dans un fonds de 11 milliards de dollars
Le FAD-17 mobilisera 11 milliards de dollars sur la période 2026-2028. Ces ressources doivent notamment financer les infrastructures, renforcer les capacités institutionnelles et soutenir la gouvernance, tout en accélérant les investissements dans la résilience climatique, l’intégration régionale et la création d’emplois.
Madagascar figure parmi les 24 pays africains ayant annoncé des contributions au FAD-17, pour un engagement collectif d’environ 182 millions de dollars. Vingt de ces pays participent pour la première fois à la reconstitution des ressources du Fonds.
Pour le ministre malgache de l’Économie et des Finances, Herinjatovo Aimé Ramiarison, cette contribution constitue un choix stratégique, malgré les contraintes financières auxquelles le pays reste confronté. Elle traduit, selon lui, la volonté des États africains de s’impliquer davantage dans les institutions qui accompagnent leurs propres priorités de développement.
Cinq décennies de financements au service de Madagascar
Le partenariat entre Madagascar et le Groupe de la Banque africaine de développement remonte à 1976, tandis que les opérations du Groupe dans le pays ont débuté en 1977.
Depuis, les financements concessionnels ont contribué à améliorer les infrastructures de transport, développer l’agriculture, renforcer la résilience climatique et accompagner les réformes économiques.
Dans le cadre du FAD-16, Madagascar avait notamment bénéficié d’environ 161 millions de dollars au titre de l’allocation basée sur la performance et de 80 millions de dollars supplémentaires via la Facilité d’appui à la transition.
Les investissements réalisés ont également permis de mobiliser des financements complémentaires et de soutenir plusieurs secteurs stratégiques de l’économie.
Les infrastructures au cœur de la transformation
Le secteur des transports illustre particulièrement les retombées de cette coopération.
À travers le projet d’aménagement de corridors et de facilitation du commerce, plus de 210 kilomètres de routes ont été asphaltés et quatre ponts construits. Sur la route nationale 9, le trafic quotidien moyen des poids lourds est passé de 27 à 108 véhicules, tandis que le temps de parcours a été ramené de deux jours à environ cinq heures.
Le programme a également permis de financer des routes de desserte, des marchés, des centres de santé et des infrastructures hydrauliques, ainsi que la modernisation des services douaniers.
Ces investissements visent ainsi à réduire l’enclavement de certaines régions, faciliter l’accès aux marchés et renforcer les échanges commerciaux à l’intérieur du pays et avec les économies voisines.
L’agriculture gagne aussi en productivité
L’agriculture constitue un autre axe majeur de l’intervention du Fonds africain de développement à Madagascar.
Les financements concessionnels ont permis d’aménager 23 778 hectares de terres irriguées adaptées aux contraintes climatiques. Dans la région du Bas-Mangoky, les rendements du riz ont plus que doublé, avec des retombées pour au moins 85 000 personnes.
L’objectif dépasse l’augmentation de la production agricole. L’amélioration de l’irrigation contribue également à une meilleure gestion de l’eau et renforce la capacité des exploitations à faire face aux changements des conditions climatiques.
Un soutien accru face aux risques climatiques
Madagascar fait partie des pays particulièrement exposés aux risques climatiques. Le partenariat avec le Groupe de la Banque africaine de développement a donc également porté sur la prévention et la gestion des catastrophes.
À travers le Programme de financement des risques de catastrophes en Afrique (ADRiFi), environ 360 000 personnes ont directement bénéficié des interventions, tandis que 730 000 autres l’ont fait indirectement.
Le pays a par ailleurs reçu 9,5 millions de dollars du Guichet d’action climatique du Fonds africain de développement pour financer des actions liées à la biodiversité et à la résilience climatique.
Cette coopération a également permis de répondre à des situations d’urgence. Lors de la sécheresse qui avait touché certaines régions malgaches en 2021, une opération d’aide alimentaire financée par le Groupe de la Banque et mise en œuvre avec le Programme alimentaire mondial avait permis de distribuer plus de 800 tonnes de nourriture à environ 72 000 personnes.
L’électricité, prochain grand chantier
Le potentiel énergétique de Madagascar ouvre désormais un nouveau champ de coopération.
Le pays disposerait d’un potentiel hydroélectrique estimé à 7 800 mégawatts, dont seule une faible partie est actuellement exploitée. Le potentiel solaire et éolien dépasserait pour sa part 2 000 mégawatts.
Dans le cadre de la Mission 300, Madagascar s’est fixé l’objectif de porter l’accès à l’électricité à 80 % de la population d’ici 2030. Le pays ambitionne également de développer les solutions de cuisson propre, d’ajouter 893 mégawatts de capacités renouvelables et de porter la part des énergies renouvelables à au moins 85 % du mix énergétique.
L’enjeu est considérable pour l’économie malgache. Une électricité plus fiable et moins coûteuse pourrait soutenir les entreprises, l’agro-industrie, l’industrie manufacturière ainsi que les services essentiels, tout en réduisant la facture liée aux importations de carburants.
De bénéficiaire à contributeur
La contribution de 500 000 dollars au FAD-17 traduit ainsi une évolution dans la relation entre Madagascar et le Fonds africain de développement.
Le pays demeure bénéficiaire de financements concessionnels, mais choisit parallèlement de contribuer à la reconstitution des ressources d’une institution qui finance les économies africaines les plus vulnérables.
À travers cette participation, Madagascar entend donc renforcer un mécanisme de financement dont il bénéficie lui-même, tout en prenant part à l’effort collectif destiné à soutenir les infrastructures, l’intégration régionale, la résilience climatique et la transformation productive du continent.
Le FAD-17 pourrait notamment contribuer à transformer les ambitions affichées par Madagascar dans le domaine énergétique et dans le cadre de la Mission 300 en projets susceptibles d’attirer davantage de capitaux.
Pour Madagascar, le geste financier est donc autant un engagement envers le Fonds qu’un investissement dans une architecture africaine de financement du développement appelée à jouer un rôle croissant dans la transformation économique du continent.








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