ATIDI vise un capital de 2 milliards USD d’ici 2028
L’African Trade and Investment Development Insurance (ATIDI) veut changer d’échelle pour répondre aux besoins croissants de financement de l’Afrique. L’institution panafricaine prévoit de doubler son capital pour le porter à 2 milliards de dollars dans les deux prochaines années, une opération qui doit lui permettre d’accroître considérablement sa capacité de garantie et de mieux mobiliser les capitaux privés.
L’objectif a été confirmé vendredi par son directeur général, Manuel Moses, dans un entretien accordé à Reuters. « Notre ambition est d’atteindre 2 milliards de dollars », a-t-il indiqué, estimant que la principale contrainte à l’expansion de l’institution reste aujourd’hui son niveau de capitalisation.
De nouveaux actionnaires recherchés
Pour atteindre cette cible, ATIDI mise sur l’élargissement de son actionnariat. Des discussions seraient actuellement engagées avec la France, plusieurs autres pays du G7 ainsi qu’une trentaine de pays africains qui ne sont pas encore membres de l’institution.
Cette stratégie bénéficie d’un soutien politique croissant. Lors du sommet Africa Forward, organisé à Nairobi les 11 et 12 mai, le président kényan William Ruto avait appelé à renforcer la capitalisation d’ATIDI, qu’il considère comme un élément important de la nouvelle architecture financière africaine.
La France a également annoncé son intention de rejoindre le capital de l’institution. Paris souhaite parallèlement soutenir la mise en place d’une garantie continentale de première perte, un mécanisme destiné à absorber une partie des pertes initiales d’un portefeuille afin de réduire le risque supporté par les investisseurs privés.
L’Allemagne a déjà franchi le pas. Le pays a souscrit 32 millions de dollars, représentant 3,5 % du capital d’ATIDI.
Jusqu’à 20 milliards USD de garanties par an
L’augmentation du capital doit surtout permettre à ATIDI de démultiplier sa capacité d’intervention.
Selon Manuel Moses, un capital porté à 2 milliards de dollars permettrait à l’institution de délivrer jusqu’à 20 milliards de dollars de garanties par an, contre environ 3 milliards de dollars en moyenne au cours des dernières années.
Cette évolution répond à un enjeu majeur pour les économies africaines : réduire le risque perçu par les investisseurs afin de faciliter l’orientation des capitaux privés vers des projets d’infrastructures, d’énergie, de transport ou encore d’industrialisation.
Créée en 2001 et basée à Nairobi, ATIDI intervient principalement dans la couverture des risques politiques et commerciaux. Ses garanties peuvent ainsi contribuer à sécuriser des investissements et des opérations commerciales dans des marchés considérés comme plus risqués.
L’institution compte actuellement 24 États africains et 13 actionnaires institutionnels. Le Togo et le Bénin figurent notamment parmi ses membres africains.
Une institution déjà solidement capitalisée
La volonté d’augmenter les ressources d’ATIDI intervient alors que ses performances financières se renforcent.
L’institution a réalisé en 2025 un bénéfice de 71,4 millions de dollars, en progression de 20 % sur un an. Ses actifs atteignaient 1,06 milliard de dollars, tandis que ses fonds propres s’établissaient à 883 millions de dollars.
Son exposition totale ressortait à 9,2 milliards de dollars. La solidité financière d’ATIDI est également reflétée par ses notations, avec une note « A » attribuée par Standard & Poor’s et « A2 » par Moody’s.
La Banque africaine de développement (BAD) a, de son côté, fortement renforcé sa présence au capital de l’institution. Sa participation est passée de 3 % à 14 % après une injection de 125 millions de dollars.
La BAD vise notamment une montée en puissance des capacités de garantie africaines, avec un objectif pouvant atteindre 10 milliards de dollars de garanties annuelles.
La garantie comme levier pour attirer les capitaux privés
La stratégie d’ATIDI s’inscrit dans une problématique plus large : comment mobiliser davantage de capitaux privés pour financer le développement africain alors que les risques perçus restent élevés ?
L’institution défend le principe selon lequel l’Afrique ne souffre pas uniquement d’un manque de capitaux, mais aussi d’une mauvaise perception et d’une tarification élevée du risque. Les mécanismes de garantie peuvent précisément permettre de réduire cette prime de risque et d’améliorer les conditions de financement des projets.
ATIDI a déjà participé à plusieurs opérations structurantes sur le continent. Elle a notamment garanti le développement du chemin de fer moderne en Tanzanie ainsi que l’expansion de Safaricom en Éthiopie. L’institution intervient également dans des opérations de restructuration de dette et dans des mécanismes de financement associés à des objectifs de durabilité.
Un rôle croissant dans la nouvelle architecture financière africaine
Le projet de recapitalisation s’inscrit dans la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), qui cherche à mobiliser davantage l’épargne et les ressources institutionnelles africaines au service du financement du développement.
L’enjeu est considérable. Le continent fait face à un déficit de financement du développement estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars par an, alors qu’une part importante de son épargne reste insuffisamment orientée vers les investissements productifs.
ATIDI veut donc se positionner comme un intermédiaire capable de transformer une partie de cette capacité financière en investissements sécurisés.
Cette ambition reste toutefois dépendante de la capacité de l’institution à attirer rapidement de nouveaux actionnaires. Manuel Moses appelle ainsi les États et partenaires intéressés à accélérer leurs procédures d’adhésion et de contribution au capital.
Si l’objectif de 2 milliards de dollars est atteint, ATIDI disposerait d’un levier nettement supérieur pour sécuriser les investissements et faciliter la mobilisation de capitaux privés. Pour le continent, le défi ne serait alors plus seulement de disposer de ressources financières, mais de créer les mécanismes permettant de les orienter à grande échelle vers les projets capables de soutenir sa transformation économique.







