Abidjan, le 19 juillet 2024 – La Côte d’Ivoire, longtemps centrée sur l’agriculture et notamment la production de cacao, se tourne résolument vers les richesses de son sous-sol. Ces dernières années, d’importants gisements de pétrole et de gaz ont été découverts, ainsi que plusieurs minerais stratégiques.
En à peine trois ans, le pays est passé dans une nouvelle dimension avec la découverte de trois gisements de pétrole et de gaz en septembre 2021, juillet 2022 et février 2024, dont les réserves sont estimées à 6 milliards de barils. Ces découvertes ouvrent la perspective pour la Côte d’Ivoire de devenir un exportateur net de pétrole brut d’ici la fin de la décennie. Le premier gisement, baptisé « Baleine », est déjà en exploitation via la société italienne ENI et devrait fournir 150 000 barils par jour d’ici 2027 et 200 millions de pieds cubes de gaz par jour.
Des Perspectives Économiques Prometteuses
Sangafowa Coulibaly, ministre des Mines, de l’Énergie et du Pétrole, envisage l’intégration de la Côte d’Ivoire à l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP). Parallèlement, le nombre de permis et projets d’exploitation minières a triplé entre 2012 et aujourd’hui, passant de 9 à 28, et celui de permis de recherche de 120 à près de 200. Les recettes fiscales générées ont été multipliées par 20, atteignant 372 milliards de francs CFA (567 millions d’euros).
Cedrick Sehe, spécialiste du domaine et président de la CAMP2E (une structure de promotion du secteur minier), confirme que l’économie ivoirienne se diversifie et se tourne de plus en plus vers le secteur minier. En mai 2024, le plus gros gisement aurifère du pays a été découvert dans l’ouest, avec un potentiel pour devenir la troisième mine d’or ouest-africaine. D’autres ressources comme le lithium, le manganèse, le nickel et le coltan sont également présentes dans le sol ivoirien.
Les Défis Environnementaux et Sociaux
Les minerais découverts sont recherchés pour les politiques de transition énergétique, utilisés notamment pour la fabrication de voitures électriques. Toutefois, le pays doit également faire face à des défis environnementaux. ENI s’est engagé à rendre le gisement Baleine « neutre » en termes d’émissions de carbone, en utilisant des technologies moins polluantes et en mettant en place des projets de restauration de forêts classées. Cependant, cet engagement ne concerne que les émissions liées aux opérations propres (Scope 1 et 2), et non les émissions indirectes (Scope 3).
L’exploitation minière comporte également des risques de déforestation accrue et de pollution des cours d’eau. En juin 2023, le fleuve Cavally a été pollué par des rejets de cyanure après un incident dans la mine d’or d’Ity, illustrant les dangers environnementaux de l’industrie minière.
Une Stratégie de Développement Durable
Pour éviter la « malédiction des matières premières », la Côte d’Ivoire mise sur la diversification de ses ressources. Serge Parfait Dioman, ingénieur expert en industries pétrolières et énergie, estime que plus les matières premières sont diversifiées, moins le pays risque de subir les vicissitudes économiques liées à leur volatilité.
En signe de cette politique volontariste, la Côte d’Ivoire accueillera du 27 novembre au 2 décembre 2024, le Sirexe, son premier salon international des industries extractives. Cet événement vise à attirer des investisseurs et à promouvoir les opportunités dans le secteur extractif ivoirien.
Conclusion
La Côte d’Ivoire se positionne comme un acteur émergent dans le secteur des hydrocarbures et des minerais, avec des perspectives économiques prometteuses. Cependant, le pays doit naviguer avec prudence pour équilibrer développement économique et préservation environnementale, tout en évitant les pièges associés à l’abondance des ressources naturelles.







