Le Niger a officiellement nationalisé sa seule mine d’or industrielle, jusque-là exploitée par le groupe australien McKinel Resources Limited, a annoncé le régime militaire en place, vendredi 9 août. Cette décision intervient après plusieurs accusations de « graves manquements » à des engagements essentiels de la part de l’opérateur étranger, selon un communiqué officiel.
La Société des mines du Liptako (SML SA), unique site aurifère industriel du pays, était contrôlée à 80 % par McKinel depuis novembre 2019, après la cession de la majeure partie des actions par la Société du patrimoine des mines du Niger (Sopamin). Située dans la région stratégique de Tillabéri, cette mine a produit 177 kilogrammes d’or industriel en 2023, alors que la production artisanale nationale atteint 2,2 tonnes, d’après un rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).
La junte militaire, au pouvoir depuis deux ans, défend une politique souverainiste, notamment dans la gestion des ressources naturelles. Cette orientation s’est déjà traduite, mi-juin, par la nationalisation de Somaïr, la filiale locale du géant français de l’uranium Orano.
Dans son annonce, le général Abdourahamane Tiani, chef du régime, a expliqué que la nationalisation vise à « sauver cette entreprise hautement stratégique » en raison de « graves manquements » constatés. Ces derniers incluent notamment le non-respect d’un plan d’investissement de 10 millions de dollars, devant être présenté trois mois après la prise de contrôle, ainsi que l’accumulation d’arriérés fiscaux et de salaires, des licenciements et un endettement croissant. En 2024, la production de la mine a été fréquemment interrompue, aggravant la situation économique jugée « alarmante » par les autorités.
Cette région, proche des frontières du Mali et du Burkina Faso, est également un foyer d’instabilité sécuritaire liée à la présence de groupes jihadistes, ce qui complexifie encore l’exploitation minière.
La décision de reprendre en main la SML s’inscrit dans une stratégie plus large de Niamey visant à renforcer le contrôle national sur ses ressources naturelles et à garantir que ces richesses profitent directement à la population nigérienne, loin des intérêts étrangers.
Ce recentrage intervient dans un contexte de forte demande mondiale pour les métaux précieux, où l’or demeure un actif stratégique. La nationalisation devrait aussi permettre de mieux encadrer la production, de sécuriser les recettes publiques et de créer des emplois locaux.
Par cette mesure, le Niger envoie un message clair à ses partenaires étrangers : la gestion des ressources minières doit respecter les engagements locaux et s’inscrire dans une dynamique de souveraineté économique.







