Le Gabon vient de franchir une étape majeure dans la gestion de sa dette. Le 18 novembre 2024, le ministère de l’Économie a annoncé le succès d’une opération de rachat anticipé partiel de son euro-obligation arrivant à échéance en juin 2025. Ce rachat, d’un montant de 290 millions USD (soit environ 180 milliards FCFA), marque un tournant dans la stratégie financière du pays.
Le Gabon a réalisé cette opération grâce à deux émissions obligataires locales, mobilisant des ressources auprès des banques de la CEMAC. Selon le ministère, le rachat s’est effectué à un prix de 99,25 cents par dollar, un résultat jugé « appréciable » par rapport à d’autres opérations similaires menées par des pays comparables en 2024.
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Cette transaction permet au Gabon de convertir une partie de sa dette extérieure en dette intérieure, une stratégie qui réduit les risques de change. Cependant, elle n’est pas sans impact sur les réserves de change régionales, qui ont chuté de 12,8 % entre avril 2023 et avril 2024, passant de 7 617,7 milliards FCFA à 6 642 milliards FCFA, selon la BEAC.
L’opération arrive dans un contexte économique tendu, marqué par :
- Des contraintes budgétaires après le coup d’État de 2023.
- Une sous-déclaration des dépenses par la précédente administration, récemment découverte par le gouvernement actuel.
En remboursant une partie de sa dette extérieure, le Gabon rassure ses créanciers internationaux et allège les pressions sur sa trésorerie, tout en évitant un défaut de paiement qui semblait probable il y a encore quelques mois.
Ce rachat n’est pas la première initiative novatrice du Gabon en matière de gestion de la dette. En 2023, le pays a mené le premier échange dette-nature en Afrique, en partenariat avec l’ONG The Nature Conservancy. Cet échange a permis de convertir 450 millions USD d’eurobonds en « obligations bleues » à des taux d’intérêt plus bas et des échéances plus longues, destinées à financer la protection de la biodiversité marine.
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Malgré les avantages de cette opération pour le Gabon, elle pose des questions à l’échelle régionale. En drainant les réserves de change de la CEMAC sans création de valeur ajoutée, ce type de transaction pourrait fragiliser le Franc CFA, partagé par les six pays de la région.
Le Gabon montre sa capacité à innover pour répondre à ses défis financiers, mais la pression sur les réserves de change régionales met en lumière les limites d’une telle stratégie. Alors que Libreville consolide sa solvabilité, la CEMAC devra trouver un équilibre entre soutien aux États membres et préservation de la stabilité régionale.







