Lagos, Nigeria – Le récent projet du gouvernement fédéral nigérian de vendre du pétrole brut en naira, plutôt qu’en dollars américains, se heurte à des défis majeurs, principalement en raison des frais réglementaires et des redevances libellés en dollars. Cette initiative, proposée par le président Bola Tinubu, vise à fournir du pétrole brut aux raffineries locales, notamment la raffinerie de Dangote, en utilisant la monnaie locale. Cependant, les complexités du marché pétrolier et les contraintes juridiques posent des obstacles significatifs à sa mise en œuvre.
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Un Marché Pétrolier International Dominé par le Dollar
Traditionnellement, les transactions pétrolières au Nigeria sont effectuées en dollars, reflétant la nature internationale du marché. Les compagnies pétrolières internationales (IOC), qui dominent la production de pétrole brut dans le pays, ont des contrats qui stipulent des paiements de redevances en dollars. Modifier ces contrats pourrait entraîner des litiges juridiques, compliquant ainsi l’application de la nouvelle politique.
Malgré l’approbation de cette politique par le Conseil exécutif fédéral, les experts du secteur pétrolier restent sceptiques quant à sa faisabilité. Kunle Ajayi, analyste financier senior, a qualifié la vente de brut en naira de « farce », soulignant que certaines compagnies pétrolières paient des redevances allant jusqu’à 20 % en dollars.
Des Frais Règlementaires en Dollars : Un Défi Supplémentaire
Les services fournis par la Commission nigériane de réglementation des services en amont (NUPRC) aux compagnies pétrolières sont également facturés en dollars. Par exemple, la conversion d’un permis de prospection pétrolière (OPL) en bail d’exploitation pétrolière (OML) nécessite un paiement de 1 000 000 $. D’autres frais, comme la cession de droits ou le renouvellement de baux, sont également libellés en dollars, ce qui complique davantage la mise en œuvre de la politique de vente en naira.
Kelvin Emmanuel, PDG de Dairy Hills, a critiqué cette politique, affirmant que le NUPRC devrait revoir sa politique de facturation en naira. Il a également souligné que le gouvernement devrait centraliser les recettes publiques pour réduire les incitations à la surfacturation.
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Les Complexités de l’Approvisionnement en Pétrole Brut
Un autre défi est l’approvisionnement en pétrole brut pour les raffineries locales. Actuellement, le Nigeria n’a pas de surplus de 450 000 barils par jour à allouer aux raffineries, y compris la raffinerie de Dangote. Selon les experts, même si le gouvernement parvient à mettre en œuvre la vente de pétrole en naira, il devra encore résoudre les problèmes d’approvisionnement pour répondre à la demande locale.
Réactions des Parties Prenantes
L’Association des propriétaires de raffineries de pétrole brut du Nigeria (CORAN) a exprimé ses réserves quant à la mise en œuvre de cette politique. Echie Idoko, secrétaire public de CORAN, a déclaré qu’aucun membre de l’association n’a encore reçu de pétrole brut en naira et qu’un cadre réglementaire est nécessaire pour rendre cette politique opérationnelle.
Aisha Mohammed, analyste énergétique, a noté que bien que l’intention du gouvernement soit de rendre le pétrole plus accessible aux raffineries locales, le principal obstacle reste l’autonomie des IOC dans leurs décisions commerciales. Le gouvernement ne peut pas dicter la devise ou les clients aux compagnies pétrolières internationales.
Conclusion
La volonté du gouvernement nigérian de vendre du pétrole brut en naira, bien qu’innovante, soulève de nombreuses questions pratiques et juridiques. Les frais réglementaires en dollars, les contrats existants avec les IOC, et les défis d’approvisionnement en pétrole brut sont autant d’obstacles à surmonter. Une collaboration étroite entre le gouvernement et les parties prenantes du secteur pétrolier sera cruciale pour trouver une solution viable à ce défi complexe.
Le projet du Nigeria de vendre du pétrole brut en naira pourrait représenter un changement majeur pour l’économie du pays, mais sa réussite dépendra de la résolution des nombreux défis soulevés par les acteurs du secteur. Le gouvernement devra naviguer habilement entre les obligations contractuelles existantes et la nécessité de renforcer l’économie nationale à travers une plus grande utilisation de la monnaie locale.
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