Jumia resserre son modèle pour enfin atteindre la rentabilité
Après plusieurs années d’expansion et de pertes, Jumia change de priorité : la croissance à tout prix laisse désormais place à la recherche de rentabilité. La plateforme africaine de commerce électronique a annoncé le 12 août une nouvelle levée de 50 millions de dollars, dont la moitié apportée par la Société financière internationale (SFI), aux côtés d’Axian et d’autres investisseurs.
Ce financement doit permettre au groupe de poursuivre l’amélioration de son efficacité opérationnelle sur ses marchés actuels, tout en renforçant sa plateforme commerciale et son réseau logistique.
L’objectif est désormais clairement défini : atteindre l’équilibre de l’EBITDA ajusté et générer un flux de trésorerie positif au quatrième trimestre 2026, avant de parvenir à une première année bénéficiaire en 2027.
Un recentrage après plusieurs années d’expansion
Jumia a progressivement réduit son empreinte géographique face aux contraintes structurelles du commerce électronique africain : faible pouvoir d’achat, coût élevé du dernier kilomètre, infrastructures logistiques limitées, systèmes d’adressage insuffisants et poids des paiements en espèces.
L’entreprise a ainsi abandonné son activité de livraison de repas et quitté plusieurs marchés, dont l’Afrique du Sud et la Tunisie fin 2024, puis l’Algérie début 2026. Elle opère désormais dans huit pays africains.
Ce recentrage s’est accompagné d’une importante réduction des effectifs. Ils sont passés de 4 318 salariés fin 2022 à 1 980 en mars 2026, tandis qu’environ 200 nouveaux postes ont été supprimés en mai, notamment dans la logistique, le service client, la finance et le marketing.
L’activité repart, les pertes diminuent
Cette restructuration commence toutefois à produire des résultats. Au deuxième trimestre, le chiffre d’affaires de Jumia a augmenté de 14 % sur un an, à 52 millions de dollars, tandis que la valeur des marchandises vendues sur la plateforme a progressé de 20 %, à 216,3 millions de dollars.
À périmètre comparable, la progression atteint même 23 %. Les commandes de produits physiques ont bondi de 28 %, pour atteindre 6,3 millions, tandis que le nombre de clients actifs trimestriels s’est établi à 2,6 millions.
Le Nigeria, l’un des principaux marchés du groupe, affiche une dynamique encore plus marquée, avec une hausse de 36 % de la valeur des marchandises vendues et de 34 % des commandes.
Une trajectoire financière encore fragile
Le redressement de l’activité s’accompagne d’une réduction des pertes. La perte d’EBITDA ajusté a diminué de 36 %, à 8,7 millions de dollars, tandis que la perte opérationnelle s’est contractée de 25 %, à 12,4 millions de dollars.
La perte avant impôt a également reculé d’un tiers, à 10,9 millions de dollars.
Jumia reste néanmoins déficitaire et continue de consommer de la trésorerie. Ses liquidités s’élevaient à 48,3 millions de dollars fin juin, contre 62,6 millions trois mois auparavant. Les activités opérationnelles ont consommé 11,8 millions de dollars au deuxième trimestre.
Les produits internationaux comme nouveau levier de croissance
Pour accroître les volumes sans renouer avec les dépenses de la précédente phase d’expansion, Jumia mise notamment sur l’offre internationale.
Les produits proposés par des vendeurs étrangers ont progressé de 96 % sur un an au deuxième trimestre, notamment grâce aux marchands chinois et aux produits à prix abordables provenant de Turquie.
La stratégie reste cependant exposée à plusieurs risques. Les difficultés d’approvisionnement affectent certaines catégories, notamment les téléphones et l’électronique. Les prix élevés des carburants pèsent également sur les coûts, tandis que la baisse des prix du cacao aux producteurs réduit la demande en Côte d’Ivoire.
2026, année décisive pour Jumia
Jumia prévoit une croissance de 27 à 32 % de la valeur des marchandises vendues en 2026, à périmètre comparable. Le groupe anticipe toutefois encore une perte d’EBITDA ajusté comprise entre 25 et 30 millions de dollars sur l’ensemble de l’exercice.
Le véritable test interviendra donc au quatrième trimestre 2026, avec l’objectif d’atteindre simultanément l’équilibre de l’EBITDA ajusté et un flux de trésorerie positif.
L’année 2027 constituera ensuite l’épreuve de vérité : Jumia devra démontrer que son modèle recentré peut enfin transformer la croissance du commerce électronique africain en rentabilité durable.







