L’influente banque d’investissement JP Morgan sonne l’alarme concernant la stabilité financière du Nigeria. Dans une note de recherche datée du 9 avril 2025, intitulée « Stratégie des marchés locaux frontaliers : réduire davantage les risques », la banque recommande à ses clients de liquider leurs positions longues sur les bons du Trésor nigérians (OMO). Une décision motivée par un contexte mondial incertain, marqué par la chute des prix du pétrole brut Brent sous les 60 dollars et les tensions commerciales alimentées par le retour de Donald Trump sur la scène politique américaine.
Ce revirement stratégique de JP Morgan, qui avait autrefois salué la solidité du carry trade nigérian, révèle une inquiétude croissante quant à la fragilité macroéconomique du pays. L’institution pointe notamment la dépendance du Nigeria aux revenus pétroliers, alors que le pays fait face à des pressions croissantes sur sa balance des paiements et son taux de change.
La Banque centrale du Nigeria (CBN) tente de rassurer. Elle prévoit une hausse des réserves extérieures, désormais estimées à 23 milliards de dollars, et un excédent de 6,83 milliards de dollars de la balance des paiements en fin d’année 2024, grâce à une amélioration des exportations et des réformes monétaires en cours. Néanmoins, si le brut reste durablement sous la barre des 60 dollars, le compte courant du Nigeria pourrait retomber en déficit, selon JP Morgan.
Le naira serait alors soumis à une pression accrue, avec un taux de change USD/NGN pouvant franchir la barre des 1 700 nairas pour un dollar, contre environ 1 500 actuellement. Une situation qui pourrait provoquer une fuite de capitaux étrangers estimée à 10 milliards de dollars, une partie étant toutefois immobilisée dans des actifs illiquides.
Pour stabiliser le marché, la CBN aurait injecté 550 millions de dollars en mars, une intervention jugée modérée par JP Morgan, mais qui reflète l’intensification des efforts pour défendre la monnaie nationale. Le marché des titres à revenu fixe montre également des signes de faiblesse, avec une hausse des rendements de 300 points de base et une baisse significative de la liquidité sur les OMO et les bons du Trésor.
L’environnement global, alourdi par les propositions de tarifs douaniers radicaux de Donald Trump, menace directement la stabilité des actifs nigérians. Malgré une politique de réformes ambitieuse — unification du taux de change, fin des subventions aux carburants, mobilisation accrue des recettes internes —, le Nigeria reste vulnérable aux chocs extérieurs, notamment à la volatilité des cours du brut.
À moyen terme, JP Morgan conserve néanmoins une vision positive sur le Nigeria, misant sur la poursuite des réformes et la montée en puissance de la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC). Mais cette perspective demeure étroitement liée à une hausse des prix du pétrole et à une discipline macroéconomique constante.
Pour les investisseurs, le message est clair : les opportunités restent présentes, mais les risques s’intensifient à mesure que le contexte mondial se détériore.








































