Guinée : le gouvernement relance la revue des établissements publics
Après neuf années d’interruption, le gouvernement guinéen relance la revue annuelle des établissements publics. L’exercice porte sur la gouvernance, la situation financière et les performances de 119 établissements publics administratifs (EPA) et établissements publics de santé (EPS) au titre des années 2023, 2024 et 2025.
Placée sous le thème « Les établissements publics face aux exigences de performance : quelle gouvernance pour accompagner la Vision Simandou 2040 ? », cette revue doit permettre aux autorités de disposer d’une nouvelle situation de référence pour mieux piloter le portefeuille public.
Les travaux ont permis de recenser 151 établissements publics en activité en 2026. Parmi eux, 119 EPA et EPS ont pu être évalués, soit près de 79 % du portefeuille.
Une évaluation plus large du portefeuille public
Selon Djénabou Diallo, directrice générale du Patrimoine de l’État et des Investissements privés, l’objectif de cette opération ne se limite pas à une simple actualisation des données.
« Neuf années plus tard, il était devenu indispensable de reprendre cet exercice, non pas simplement pour actualiser des chiffres, mais pour reconstituer une connaissance consolidée de notre portefeuille et disposer d’une nouvelle situation de référence », a-t-elle expliqué.
L’évaluation a porté sur plusieurs dimensions, notamment le fonctionnement des organes de gouvernance, la situation financière, les ressources humaines, le respect des obligations réglementaires, la qualité du reporting et les principaux facteurs de risque.
Sa réalisation a nécessité la collecte et la vérification d’informations, l’analyse de documents, des missions de terrain ainsi que des échanges avec les établissements concernés et leurs tutelles.
Le processus a été conduit par un comité de pilotage réunissant plusieurs directions du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, des représentants des départements sectoriels et la Primature.
Pour Djénabou Diallo, cette organisation traduit le caractère partagé de la responsabilité en matière de gouvernance des établissements publics.
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Plus de 13 000 agents concernés
Les 119 établissements évalués emploient plus de 13 000 agents, selon la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla.
Pour la ministre, la reprise de cette revue traduit la volonté du gouvernement de renforcer la gouvernance, la redevabilité et la performance des structures publiques.
L’enjeu consiste désormais à transformer les résultats du diagnostic en actions concrètes. « Chaque franc guinéen mobilisé doit, autant que possible, être rattaché à un résultat et à une amélioration du service rendu à l’usager », a-t-elle déclaré.
La ministre souhaite ainsi faire évoluer la tutelle financière vers une approche davantage fondée sur la connaissance du portefeuille public, l’anticipation des risques, la fiabilité de l’information et l’accompagnement de la performance.
Les ministères de tutelle, les conseils d’administration et les dirigeants des établissements sont également appelés à renforcer leurs responsabilités en matière de contrôle, d’orientation et de reddition de comptes.
Des établissements appelés à s’inscrire dans le budget-programme
Cette réforme s’inscrit dans le contexte des ambitions économiques associées à la Vision Simandou 2040. Mariama Ciré Sylla a notamment évoqué une croissance économique de 7,1 % en 2025, attendue à 8,6 % en 2026, ainsi que près de 20 milliards de dollars d’investissements directs étrangers, notamment en lien avec la mise en exploitation du projet Simandou.
Dans ce contexte, le gouvernement entend renforcer le lien entre les ressources mobilisées par les établissements publics et les résultats obtenus.
Les dirigeants devront notamment disposer d’objectifs plus clairement définis et rendre compte de leur gestion. Les recommandations issues de la revue devraient ainsi être traduites en feuille de route, avec des mesures immédiates et des réformes plus structurelles.
Près de 3 000 milliards GNF transférés aux EPA et EPS
Le Premier ministre Amadou Oury Bah a, pour sa part, souligné le poids des établissements publics dans les finances de l’État.
Selon lui, sur près de 6 000 milliards de francs guinéens de transferts budgétaires, environ la moitié est destinée au secteur énergétique et l’autre moitié aux EPA et EPS.
« Dans ce contexte, il est indispensable, pour une gouvernance sérieuse et crédible, que l’État puisse faire de manière régulière la revue de l’utilisation de ces ressources publiques », a-t-il affirmé.
Le chef du gouvernement a fixé au 1er janvier 2027 l’échéance pour l’entrée effective des établissements publics dans une logique de budget-programme et de gestion axée sur les résultats.
Il a également évoqué des possibilités de réforme pour certains établissements, notamment des changements de statut ou des fusions destinées à mutualiser les ressources et à corriger certains dysfonctionnements.
La digitalisation doit également permettre, selon lui, d’assurer un suivi plus régulier du fonctionnement des structures publiques.
Vers une évaluation davantage fondée sur les résultats
À terme, le gouvernement guinéen veut faire évoluer les critères d’appréciation des établissements publics. Dans le cadre de la Vision Simandou 2040, leur importance ne devrait plus être mesurée uniquement à partir de leurs budgets ou de leurs effectifs, mais davantage en fonction des résultats obtenus et de l’impact de leurs prestations sur les citoyens.
La relance de cette revue marque ainsi une volonté de disposer d’une meilleure connaissance du portefeuille public et d’en renforcer le pilotage. L’enjeu sera désormais de traduire le diagnostic établi sur les 119 établissements évalués en réformes mesurables et en gains concrets de performance pour l’administration et les usagers.







