Gabon : Kobe-Kobe, le futur hub logistique qui pourrait redistribuer les cartes en Afrique centrale
Le Gabon a officiellement lancé, le 8 juin, les travaux de construction du port en eau profonde de Kobe-Kobe, un projet d’envergure destiné à accompagner l’exploitation du gigantesque gisement de fer de Belinga. Mais au-delà de sa vocation minière, cette infrastructure s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large : faire du pays un acteur majeur de la logistique et du commerce en Afrique centrale.
Avec un port de grande capacité, un corridor ferroviaire de 550 kilomètres et plusieurs plateformes logistiques intégrées, Libreville ambitionne de créer un nouveau pôle économique capable de renforcer son attractivité et de diversifier durablement son économie.
Un complexe portuaire au service de l’industrialisation
Le futur port de Kobe-Kobe disposera d’une capacité annuelle de traitement de 110 millions de tonnes. L’infrastructure comprendra un terminal minéralier dédié aux exportations de fer, mais aussi des installations destinées aux conteneurs, aux marchandises générales et aux activités offshore.
Développé dans le cadre d’un partenariat entre l’État gabonais, Africa Global Logistics (AGL) et Algest Investment Bank, le projet devrait entrer en service en avril 2031.
L’objectif est de doter le pays d’une infrastructure moderne capable de soutenir aussi bien les exportations minières que les échanges commerciaux régionaux.
Belinga, le moteur économique du projet
Le développement du port est étroitement lié au gisement de fer de Belinga, considéré comme l’un des plus importants du continent.
L’exploitation de ce gisement a été confiée à Fortescue Metals, qui a déjà investi plus de 305 millions de dollars dans sa mise en valeur.
Selon les projections présentées par les responsables du projet, les infrastructures prévues permettront d’acheminer jusqu’à 250 000 tonnes de minerai par jour grâce au futur corridor ferroviaire reliant Belinga à la côte atlantique.
Lire aussi : Belinga : Fortescue et le Gabon visent 2030
Pour les autorités gabonaises, ce projet doit permettre d’accélérer la transformation économique du pays et de renforcer le poids du secteur minier dans la richesse nationale. Le gouvernement vise ainsi une hausse de la contribution des activités minières au PIB, de 6 % actuellement à 15 % d’ici 2040.
Une alternative aux grands ports de la région
L’ambition de Kobe-Kobe dépasse toutefois le seul cadre du minerai de fer. À terme, cette nouvelle plateforme pourrait devenir un maillon stratégique des chaînes logistiques régionales.
Aujourd’hui, les échanges commerciaux de plusieurs pays enclavés d’Afrique centrale transitent principalement par le Port de Douala ou le Port de Pointe-Noire.
Or, des pays comme le Tchad et la République centrafricaine cherchent à diversifier leurs accès maritimes afin de réduire leurs coûts logistiques et de sécuriser leurs approvisionnements.
Dans ce contexte, Kobe-Kobe pourrait progressivement s’imposer comme une nouvelle porte d’entrée pour les flux commerciaux régionaux.
La bataille des corridors logistiques est lancée
L’émergence de cette nouvelle infrastructure illustre une tendance de fond observée sur le continent. Désormais, la compétitivité ne se joue plus uniquement entre les ports, mais entre les corridors logistiques intégrés associant infrastructures portuaires, réseaux ferroviaires et services de transport.
Pour le Gabon, l’enjeu sera de proposer des solutions compétitives en matière de coûts, de délais de transit et de qualité de service afin d’attirer une partie des flux actuellement orientés vers les plateformes concurrentes.
La réussite du projet dépendra notamment du développement effectif du gisement de Belinga, de l’extension future des connexions ferroviaires et routières, ainsi que de la capacité du pays à capter de nouveaux trafics commerciaux.
Un pari stratégique pour l’après-pétrole
À travers Kobe-Kobe, le Gabon confirme sa volonté de réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures en misant sur les mines, les infrastructures et la logistique.
Si le projet atteint ses objectifs, il pourrait transformer durablement le paysage économique national et repositionner le pays comme un hub régional incontournable entre l’Afrique centrale et les marchés internationaux.
Plus qu’un simple port minéralier, Kobe-Kobe apparaît ainsi comme l’un des projets les plus structurants de la stratégie de diversification économique gabonaise pour les prochaines décennies.







