Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a annoncé une mesure d’ampleur en matière de politique migratoire et de marché du travail : la régularisation d’environ un demi-million de personnes en situation irrégulière. Adoptée en Conseil des ministres le mardi 27 janvier 2026, cette décision vise à renforcer l’intégration des migrants tout en soutenant la croissance économique et la cohésion sociale.
« Aujourd’hui est un jour historique pour notre pays. Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits humains, l’intégration et le vivre-ensemble, compatible avec la croissance économique », s’est félicitée la ministre des Migrations et porte-parole du gouvernement, Elma Saiz. Selon l’exécutif, les bénéficiaires pourront travailler dans n’importe quel secteur et sur l’ensemble du territoire espagnol.
Seront éligibles les personnes arrivées en Espagne avant le 31 décembre 2025 et présentes depuis au moins cinq mois. Les demandes pourront être déposées à partir du mois d’avril et jusqu’au 30 juin, a précisé la ministre, soulignant qu’il s’agit d’une mesure « longuement élaborée, discutée et nécessaire pour répondre à une réalité qui existe dans nos rues ».
Pour faciliter sa mise en œuvre, le gouvernement a opté pour un « décret royal », lui permettant de se passer d’un vote au Parlement, où il ne dispose pas de majorité. Pedro Sánchez défend depuis plusieurs mois un « modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain », rappelant que l’immigration a contribué à près de 80 % de la croissance économique de l’Espagne au cours des six dernières années.
L’annonce intervient dans un contexte économique favorable. Les chiffres du chômage du quatrième trimestre 2025 montrent un taux inférieur à 10 % pour la première fois 2008, une amélioration en partie portée par les emplois occupés par des étrangers, avec 52 500 nouveaux postes contre 23 700 pour les nationaux.
L’Espagne reste l’une des principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, aux côtés de l’Italie et de la Grèce. En 2025, près de 37 000 migrants en situation irrégulière sont entrés dans le pays, un chiffre en nette baisse par rapport à 2024. Selon l’Institut national de la statistique, plus de sept millions d’étrangers vivent aujourd’hui en Espagne sur une population totale de 49,4 millions d’habitants.
Cette nouvelle régularisation s’inscrit dans la continuité d’une réforme adoptée en novembre 2024, qui prévoyait déjà la régularisation d’environ 300 000 personnes par an pendant trois ans, afin de se conformer aux normes européennes et de répondre au vieillissement démographique. La mesure devrait concerner en priorité les migrants latino-américains, qui représentent 91 % des 840 000 personnes actuellement en situation irrégulière, selon le think tank Funcas.
Sans surprise, l’annonce a suscité de vives réactions politiques. Si le parti Podemos et plusieurs organisations de la société civile saluent une avancée en matière de droits, l’opposition de droite et d’extrême droite dénonce une politique migratoire jugée « irresponsable » et « laxiste ». Malgré ces critiques, l’exécutif assume une réforme qu’il considère comme un levier à la fois social et économique, destiné à sécuriser le marché du travail et à renforcer l’intégration des migrants dans l’économie espagnole.







