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Actualité Économie

Dangote Cement : les ventes reculent de 13,1% au Cameroun

Manuel H. par Manuel H.
4 août 2026
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Dangote Cement : les ventes reculent de 13,1 % au Cameroun

 Le marché camerounais sous pression malgré les ambitions d’expansion

Les ventes de ciment de Dangote Cement Cameroon ont poursuivi leur repli au premier semestre 2026, alors que le groupe nourrit de nouvelles ambitions pour renforcer ses capacités de production dans le pays.

Selon les résultats semestriels non audités publiés le 29 juillet 2026, la filiale camerounaise a commercialisé 596 800 tonnes de ciment entre janvier et juin 2026, soit une baisse de 13,1 % sur un an.

Cette contre-performance intervient alors que Dangote Cement envisage de porter ses capacités camerounaises de 1,5 million à 3 millions de tonnes par an à l’horizon 2028. Le contraste entre le ralentissement actuel des ventes et les ambitions industrielles affichées soulève ainsi une question centrale : le marché camerounais sera-t-il en mesure d’absorber les volumes supplémentaires attendus ?

Les ventes stagnent autour de 300 000 tonnes par trimestre

Après avoir vendu 300 000 tonnes au premier trimestre 2026, selon les données communiquées par le groupe dans ses résultats trimestriels, Dangote Cement aurait écoulé environ 296 800 tonnes au deuxième trimestre, par différence avec le volume semestriel publié.

Le deuxième trimestre affiche donc un léger recul de 1,1 % par rapport au trimestre précédent.

Cette évolution montre surtout l’absence de véritable rebond des ventes depuis le début de l’année. Même si la contraction ralentit en rythme annuel, les volumes trimestriels restent pratiquement au même niveau.

Sur la base des données disponibles, les ventes du premier semestre 2025 peuvent être estimées à environ 686 800 tonnes, ce qui représente une perte de près de 90 000 tonnes en douze mois.

Le recul annuel semble toutefois s’être modéré. Après une baisse de 15,8 % au premier trimestre, le repli du deuxième trimestre peut être estimé à environ 10,2 % sur un an. Cette estimation doit néanmoins être considérée comme un ordre de grandeur, les données trimestrielles et semestrielles publiées étant arrondies.

Le ralentissement de la construction pèse sur la demande

Dangote Cement attribue cette faiblesse à plusieurs facteurs, notamment au ralentissement de l’activité dans le secteur de la construction dans le contexte postélectoral, aux retards dans les dépenses publiques et à une exécution plus lente des projets d’infrastructures.

Le groupe considère néanmoins cette situation comme temporaire et table sur une reprise de l’activité avec l’accélération attendue des dépenses publiques et de l’exécution des projets.

Cette analyse reste toutefois celle de l’entreprise. Les données publiques disponibles ne permettent pas de mesurer précisément la contribution respective du ralentissement des chantiers, de l’évolution de la demande privée ou encore d’éventuels transferts de parts de marché entre les différents producteurs de ciment présents au Cameroun.

La baisse des ventes de Dangote ne peut donc pas être assimilée automatiquement à une contraction équivalente de la consommation nationale de ciment.

Un niveau de ventes encore proche de celui de 2025

Le rythme enregistré au premier semestre 2026 prolonge néanmoins la faiblesse observée l’année précédente.

En 2025, les volumes vendus par l’usine de Douala avaient atteint environ 1,2 million de tonnes, contre 1,4 million de tonnes en 2024, soit une baisse de 14,1 % selon les résultats annuels de Dangote Cement.

Si le rythme du premier semestre 2026 était maintenu sur l’ensemble de l’année, les ventes atteindraient mécaniquement environ 1,194 million de tonnes.

La filiale retrouverait ainsi un niveau annuel proche de celui enregistré en 2025, alors même que le groupe affiche désormais l’ambition de doubler ses capacités installées.

Trois millions de tonnes : un objectif industriel encore à concrétiser

L’écart entre les volumes actuellement commercialisés et la capacité projetée est significatif.

À rythme constant, les ventes annualisées du premier semestre représenteraient environ 79,6 % de la capacité actuelle de 1,5 million de tonnes. Elles ne correspondraient en revanche qu’à environ 39,8 % d’une capacité portée à 3 millions de tonnes.

Ces ratios ne doivent toutefois pas être interprétés comme des taux d’utilisation industrielle. Les résultats publiés ne précisent ni le niveau de production effective de l’installation de Douala ni l’évolution des stocks.

Ils donnent néanmoins une indication de l’effort commercial qui serait nécessaire pour absorber les capacités supplémentaires. À rythme de vente inchangé, atteindre un volume de trois millions de tonnes commercialisées nécessiterait de multiplier les ventes actuelles par environ 2,5.

L’enjeu pour Dangote sera donc autant industriel que commercial : augmenter les capacités ne suffira pas si la demande et les débouchés ne progressent pas dans les mêmes proportions.

Le modèle camerounais reste dépendant du clinker importé

Une autre question se pose autour de la nature de l’expansion envisagée.

L’installation actuelle de Dangote Cement au Cameroun est présentée par le groupe comme une unité de broyage d’une capacité de 1,5 million de tonnes par an. Le clinker, produit semi-fini nécessaire à la fabrication du ciment, est acheminé jusqu’à l’usine avant d’être broyé avec notamment de la pouzzolane locale et du gypse.

Cette configuration fait du Cameroun un maillon de broyage du réseau industriel régional de Dangote, dont les capacités de production de clinker sont notamment concentrées au Nigeria.

Au premier semestre 2026, les usines nigérianes du groupe ont expédié 754 000 tonnes de clinker vers le Cameroun et le Ghana, soit une hausse de 56,7 % sur un an. Dangote Cement ne détaille toutefois pas la répartition de ces volumes entre les deux marchés.

Ce modèle permet au groupe de valoriser ses capacités industrielles nigérianes tout en alimentant ses unités de broyage africaines sans construire systématiquement de nouvelles lignes de cuisson du clinker dans chaque pays.

Mais il signifie également que la production camerounaise de ciment reste dépendante d’un approvisionnement extérieur en clinker.

Le Cameroun reste fortement dépendant des importations de clinker

Cette dépendance prend une dimension particulière dans un marché où les importations de clinker occupent une place importante.

Selon une note provisoire sur le commerce extérieur publiée en avril 2026 par l’Institut national de la statistique du Cameroun, le pays a importé 3 106 782 tonnes de clinker en 2025, pour une valeur de 97,317 milliards de FCFA.

Ces importations ont progressé de 20,5 % en volume et de 14,7 % en valeur par rapport à 2024. Le clinker représentait ainsi 1,9 % de la valeur totale des importations camerounaises.

Dès lors, la nature du futur investissement de Dangote Cement revêt une importance stratégique.

Une nouvelle unité de broyage permettrait d’accroître les capacités locales de production de ciment, mais augmenterait potentiellement les besoins en clinker importé. À l’inverse, une cimenterie intégrée dotée d’un four et associée à une source locale de calcaire modifierait plus profondément la structure industrielle du secteur.

Une nouvelle cimenterie annoncée à Douala

L’ambition de porter les capacités camerounaises à trois millions de tonnes n’est pas entièrement nouvelle.

Lors de l’inauguration de l’usine de Douala en 2015, les Services du Premier ministre avaient indiqué que l’installation devait atteindre une capacité de 1,5 million de tonnes cette année-là, tout en évoquant une « capacité réelle » de trois millions de tonnes selon son promoteur.

Onze ans plus tard, la capacité installée officiellement communiquée par Dangote Cement reste toutefois de 1,5 million de tonnes par an.

Le projet a connu un nouvel épisode en juillet 2026. Le 21 juillet, à l’issue d’une audience avec le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute, le vice-président du groupe Dangote, Devakumar Edwin, a annoncé l’intention de construire une nouvelle cimenterie dans la capitale économique.

Selon les propos rapportés le 23 juillet par Business & Finance International, le groupe devait encore visiter plusieurs sites afin de déterminer l’emplacement de la future installation.

Le projet semble donc encore se situer à une phase préparatoire. Aucun élément public ne permet, à ce stade, de préciser définitivement le coût de l’investissement, le calendrier des travaux, la capacité exacte de la nouvelle usine ou sa configuration technique.

Douala ou Yaoundé : des contours encore à préciser

La localisation du projet demeure également un élément à clarifier.

En juin 2026, Dangote Cement Cameroon avait évoqué à la fois l’extension de l’unité existante de Douala et la relance d’un projet de seconde usine d’une capacité de 1,5 million de tonnes dans une zone industrielle de Yaoundé.

Un mois plus tard, la direction du groupe annonçait une nouvelle cimenterie à Douala.

À ce stade, Dangote n’a pas publiquement indiqué s’il s’agit de deux projets distincts ou d’une évolution du projet précédemment envisagé.

Cette incertitude souligne que l’ambition de trois millions de tonnes reste encore à traduire en un projet industriel clairement documenté.

L’accord avec Sinoma ne permet pas encore de chiffrer l’investissement camerounais

L’accord signé le 28 février 2026 entre Dangote Cement et Sinoma International Engineering apporte peu d’éléments supplémentaires sur le projet camerounais.

L’accord, estimé à plus d’un milliard de dollars, couvre douze projets de construction, d’expansion ou de modernisation dans sept pays africains, dont le Cameroun.

Toutefois, aucune ventilation publique ne permet d’identifier la part de cette enveloppe destinée au marché camerounais.

Le document ne précise pas davantage si le projet local correspondra à une nouvelle unité de broyage, à une cimenterie intégrée ou à une extension des capacités existantes.

L’accord confirme donc la place du Cameroun dans la stratégie d’expansion africaine de Dangote Cement, mais ne permet pas encore de considérer que le doublement des capacités est définitivement engagé.

Dangote face à une double équation commerciale et industrielle

Le groupe se trouve désormais face à une double équation.

Sur le plan commercial, il devra relancer les ventes, développer de nouveaux débouchés ou gagner des parts de marché pour absorber les capacités supplémentaires envisagées.

Sur le plan industriel, il devra également préciser la nature de son futur investissement et déterminer dans quelle mesure celui-ci contribuera à réduire, ou non, la dépendance du Cameroun au clinker importé.

Le marché camerounais présente donc un paradoxe : alors que les ventes de Dangote Cement reculent et plafonnent autour de 300 000 tonnes par trimestre depuis le début de 2026, le groupe prépare une stratégie d’expansion susceptible de doubler ses capacités.

Tant que le site définitif, le financement, le calendrier et la configuration technique de la nouvelle installation ne seront pas rendus publics, le passage à trois millions de tonnes de capacité annuelle doit être considéré comme un objectif stratégique annoncé, plutôt que comme une capacité industrielle déjà engagée.

La prochaine étape sera donc déterminante. Elle permettra de savoir si Dangote Cement entend simplement renforcer son dispositif de broyage au Cameroun ou s’il ambitionne de franchir un nouveau cap dans l’intégration industrielle de sa chaîne de valeur, avec des implications potentiellement importantes pour les importations de clinker et la souveraineté industrielle du secteur cimentier camerounais.

Tags: Afrique CentraleCameroun
Manuel H.

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