Côte d’Ivoire : plus de 150 000 tonnes de transformation de cajou menacées
En Côte d’Ivoire, la stratégie d’industrialisation de la filière cajou traverse une zone de turbulence. Plus de 150 000 tonnes de capacité nationale de transformation sont aujourd’hui affectées par les difficultés d’accès au mécanisme de financement destiné aux transformateurs locaux dans le cadre du programme CCA–BNI.
Au cœur de cette dynamique industrielle figure notamment l’usine d’anacarde de Toumodi, située dans la région du Bélier, symbole de l’accélération de la transformation agro-industrielle locale.
Un programme de soutien fragilisé
Lancé il y a environ quatre ans par le Conseil Coton-Anacarde (CCA) avec l’appui du gouvernement ivoirien, le programme CCA–BNI visait à soutenir la transformation locale des noix de cajou en facilitant l’accès au financement pour les industriels nationaux.
À l’origine, quatorze transformateurs ivoiriens participaient à cette initiative. Mais au fil des campagnes, le dispositif a rencontré de nombreux obstacles, notamment des retards récurrents dans la mise en place des financements par la Banque Nationale d’Investissement (BNI).
Durant les trois premières années, les lignes de financement ont souvent été débloquées en avril ou en mai, alors que la campagne de commercialisation du cajou était déjà largement avancée, limitant fortement la capacité des industriels à s’approvisionner en matière première.
Plusieurs entreprises fragilisées
Ces retards ont lourdement pesé sur les entreprises concernées. Plusieurs transformateurs ont dû cesser leurs activités, réduisant leur nombre de quatorze à seulement six entreprises encore actives dans le programme :
- IVORY CASHEW NUTS
- SITA SA
- SOBERY
- FOODS’CO
- NORD CAJOU
- COPRODIGO
À elles seules, ces sociétés représentent plus de 70 000 tonnes de capacité annuelle de transformation.
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Pour la campagne en cours, ouverte le 9 février 2026, ces industriels n’avaient toujours pas obtenu, début mars, le renouvellement de leurs lignes de financement, ce qui complique leur accès aux noix de cajou.
Une convention cadre toujours en attente
Face aux difficultés du programme, le gouvernement ivoirien et le Conseil Coton-Anacarde ont décidé en 2024 de mettre en place une convention cadre tripartite d’approvisionnement et de financement, valable pour trois ans.
Cette convention prévoit notamment que les lignes de financement des transformateurs soient mises en place au plus tard deux mois avant le début de la campagne cajou, afin d’éviter les retards constatés par le passé.
Cependant, si le CCA a signé ce texte, la Banque Nationale d’Investissement n’a toujours pas apposé sa signature, empêchant pour l’instant l’entrée en vigueur du dispositif.
D’autres transformateurs exclus du mécanisme
Parallèlement, plusieurs industriels restent totalement en dehors du programme CCA–BNI, notamment :
- STNC
- IVOIRE ANACARDE-BOZY
- TINC
- CABEL
- AFRIQUE AGRI INDUSTRIE
- AFRICAJOU
Ces entreprises représentent près de 80 000 tonnes de capacité annuelle de transformation, mais doivent se financer par leurs propres moyens pour accéder à la matière première.
Un enjeu stratégique pour l’industrialisation
Au total, plus de 150 000 tonnes de capacité industrielle nationale sont directement impactées par les dysfonctionnements du mécanisme de financement.
Pour de nombreux acteurs du secteur, le programme CCA–BNI demeure un outil pertinent pour soutenir l’émergence de champions industriels ivoiriens dans la transformation de l’anacarde. Toutefois, sans application effective de la convention cadre, le dispositif risque de continuer à fragiliser les entreprises locales.
Contacté le 9 mars 2026, le service de communication de la Banque Nationale d’Investissement indique suivre le dossier depuis plusieurs mois et estime que la situation reste sous contrôle.
Dans un contexte où la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de noix de cajou, la résolution rapide de ces blocages apparaît cruciale pour préserver les investissements industriels et accélérer la transformation locale de la filière.







