Banques en CEMAC : 524 milliards FCFA de bénéfices en 2025, mais des risques persistants
Les banques de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont enregistré un bénéfice net cumulé de 524 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 16,4 % sur un an. Selon le rapport annuel de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), cette performance repose sur la progression des bilans, des dépôts et des revenus bancaires. Toutefois, l’augmentation des créances en souffrance et la montée de l’exposition aux États soulèvent des questions sur la qualité des actifs et l’équilibre du financement dans la sous-région.
Le bénéfice net des banques de la CEMAC progresse de 16,4 %
Le secteur bancaire de la CEMAC a renforcé sa rentabilité en 2025. Les 54 établissements recensés par la COBAC, dont six succursales, ont dégagé un bénéfice net cumulé de 524 milliards de FCFA, contre 449,8 milliards en 2024.
Cette progression de 16,4 % intervient dans un contexte d’expansion de l’activité bancaire. Le total des bilans a atteint 27 536 milliards de FCFA, en augmentation de 10,3 % sur un an.
Les dépôts de la clientèle ont progressé de 5,9 %, pour s’établir à 19 065 milliards de FCFA. Dans le même temps, les crédits bruts ont augmenté plus rapidement, de 12 %, atteignant 13 998 milliards de FCFA.
Ces évolutions traduisent une activité bancaire en croissance, portée à la fois par la mobilisation de l’épargne et par l’augmentation des financements accordés à l’économie.
Des revenus bancaires en hausse, une rentabilité renforcée
La progression des bénéfices s’explique notamment par l’amélioration des revenus générés par les activités bancaires.
Le produit net bancaire (PNB), qui regroupe principalement les revenus tirés des opérations bancaires, a augmenté de 12,5 % en 2025, pour atteindre 1 723 milliards de FCFA.
Les indicateurs de rentabilité confirment cette dynamique. Le rendement des actifs s’est établi à 1,9 %, tandis que la rentabilité des fonds propres a atteint 22,62 %, selon le rapport annuel de la COBAC.
Ces résultats témoignent de la capacité du secteur à dégager des bénéfices à partir des ressources mobilisées et des financements accordés.
La progression des profits ne suffit cependant pas à apprécier, à elle seule, la solidité du système bancaire. La qualité des crédits, le niveau des provisions, la disponibilité des liquidités et la concentration des risques restent des paramètres essentiels pour évaluer sa résilience.
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Les créances en souffrance atteignent 2 244 milliards de FCFA
La qualité du portefeuille de prêts constitue l’un des principaux points de vigilance du secteur bancaire en Afrique centrale.
En 2025, les créances brutes en souffrance ont progressé de 10,9 %, pour atteindre 2 244 milliards de FCFA. Elles représentent environ 16 % des crédits bruts accordés à la clientèle.
Autrement dit, près de 16 FCFA sur 100 de crédits bruts présentent des difficultés de remboursement ou relèvent de catégories de créances considérées comme en souffrance.
Ces créances ne correspondent pas nécessairement à des pertes définitives. Elles peuvent encore faire l’objet de procédures de recouvrement, mais elles mobilisent des ressources supplémentaires et peuvent nécessiter la constitution de provisions pour couvrir les pertes potentielles.
Le rapport relève néanmoins une légère amélioration du taux brut de créances en souffrance, en recul de 0,2 point par rapport à 2024.
Cette évolution doit être interprétée avec prudence : la progression des crédits peut faire diminuer le ratio même lorsque le montant des créances problématiques augmente. Le suivi conjoint des encours et des taux demeure donc indispensable pour mesurer l’évolution réelle du risque de crédit.
L’exposition des banques aux États augmente de 19,9 %
Autre évolution majeure en 2025 : la progression des financements accordés aux États et aux entités qui leur sont liées.
Selon les données de la COBAC, ces financements ont atteint 10 641 milliards de FCFA, en hausse de 19,9 % sur un an. Ils représentent environ 38,6 % du total des bilans bancaires de la sous-région.
Les banques jouent ainsi un rôle important dans le financement des besoins des administrations publiques, notamment par l’acquisition de titres de dette souveraine.
Cette relation peut offrir aux établissements des possibilités de placement et contribuer au financement des budgets publics. Elle crée toutefois une interdépendance entre les banques et les finances des États.
En cas de tensions budgétaires, de difficultés de refinancement ou de retards de paiement de la dette publique, les établissements les plus exposés pourraient subir des pertes ou rencontrer des contraintes de liquidité.
La concentration des financements sur les États soulève également une question économique : celle de la capacité des banques à continuer de financer suffisamment les entreprises privées et les ménages.
Le Cameroun concentre 48 % des dépôts bancaires régionaux
Le marché bancaire de la CEMAC reste fortement concentré au Cameroun, qui occupe une place prépondérante dans la collecte de l’épargne.
À fin décembre 2025, les banques camerounaises détenaient 9 156 milliards de FCFA de dépôts, soit 48 % du total régional, contre 46,5 % un an auparavant.
Le Gabon arrivait en deuxième position avec 3 253 milliards de FCFA, représentant 17,1 % des dépôts. Le Congo suivait avec 2 783 milliards de FCFA, soit 14,6 %.
Les autres marchés affichaient les niveaux suivants :
- Tchad : 1 852 milliards de FCFA.
- Guinée équatoriale : 1 661 milliards de FCFA.
- République centrafricaine : 360 milliards de FCFA.
Cette répartition souligne le poids du Cameroun dans le financement bancaire régional. Elle met également en évidence les différences de taille entre les marchés nationaux de la CEMAC.
D’après le rapport, la progression des ressources bancaires a notamment bénéficié du rapatriement de recettes de certaines sociétés pétrolières et de l’augmentation des dépôts d’entreprises actives dans l’agriculture, le bâtiment, les télécommunications, le commerce des produits pétroliers, le gaz et l’électricité.
Le crédit au secteur privé progresse, mais sa part recule
Les évolutions du crédit diffèrent selon les pays de la sous-région.
En 2025, les encours de crédits ont augmenté de 17,5 % au Congo, de 15,1 % au Cameroun, de 12,6 % au Gabon et de 5,9 % en République centrafricaine.
À l’inverse, ils ont reculé de 8,4 % au Tchad et de 1,2 % en Guinée équatoriale.
À l’échelle régionale, le secteur privé reste le principal bénéficiaire des financements bancaires. Les crédits qui lui sont accordés ont atteint 10 509 milliards de FCFA, soit 75,1 % des crédits bruts. Leur montant a progressé de 8,2 % sur un an.
Cependant, leur part dans l’ensemble des crédits a diminué, passant de 77,7 % en 2024 à 75,1 % en 2025.
Cette évolution intervient alors que les financements aux États et aux entités qui leur sont liées progressent plus rapidement que les crédits au secteur privé.
Le recul de la part relative du crédit privé ne signifie pas nécessairement que les entreprises ont accès à moins de financements en valeur absolue, puisque les encours ont augmenté. Il indique toutefois que les financements publics occupent une place croissante dans l’allocation globale des ressources bancaires.
Pour les entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises, l’enjeu est de préserver un accès suffisant au crédit pour financer les investissements, les stocks, les équipements et le développement des activités.
Un secteur rentable confronté à des enjeux de stabilité financière
Les chiffres de 2025 dessinent un secteur bancaire en expansion, capable d’améliorer ses revenus et ses bénéfices. Mais cette dynamique s’accompagne de risques qui nécessitent une surveillance continue.
La hausse des créances en souffrance souligne l’importance de la maîtrise du risque de crédit. L’augmentation des financements accordés aux États pose, quant à elle, la question de la concentration des expositions et de l’équilibre entre financement public et financement de l’économie productive.
Pour les autorités de supervision, les principaux enjeux consistent à préserver la qualité des actifs, à veiller à une couverture suffisante des risques et à s’assurer que les banques disposent de fonds propres et de liquidités adaptés à leurs engagements.
Pour les économies de la CEMAC, la question dépasse les seuls résultats des établissements financiers. Le système bancaire doit également pouvoir soutenir l’investissement privé, la création d’emplois et la diversification économique.
En 2025, les banques de la CEMAC ont donc confirmé leur capacité à générer des profits, avec 524 milliards de FCFA de bénéfices nets. La pérennité de cette performance dépendra toutefois de leur capacité à maîtriser les créances en souffrance et à gérer leur exposition croissante aux finances publiques, tout en maintenant le financement des entreprises et des ménages.







