Malgré une certaine résilience de son économie, le Cameroun peine à transformer sa croissance en amélioration durable des conditions de vie. Selon les données du Baromètre économique de la CEMAC de juillet 2026, le pays reste confronté à une faible productivité, à une création d’emplois insuffisante et à une progression de la pauvreté. À ces difficultés s’ajoute l’alourdissement du service de la dette, qui réduit les ressources disponibles pour les dépenses sociales et les investissements publics.
Une croissance économique qui peine à améliorer les niveaux de vie
L’économie camerounaise a enregistré une croissance du PIB réel de 3,2 % en 2025, soutenue principalement par la consommation privée et l’investissement. Toutefois, cette progression demeure insuffisante pour répondre aux défis démographiques et sociaux du pays.
Le revenu par habitant reste notamment inférieur d’environ 20 % à son niveau observé lors du boom pétrolier du milieu des années 1980. Cette évolution illustre les difficultés du Cameroun à convertir sa croissance économique en gains durables de prospérité.
Plusieurs facteurs structurels freinent cette transformation : la faiblesse persistante de la productivité, les déficits d’infrastructures, les problèmes de gouvernance et la répétition des chocs externes. La création d’emplois demeure également en retrait par rapport à l’augmentation de la population active.
Le développement du capital humain constitue un autre défi. Avec un indice de capital humain (ICH) de 0,4, le Cameroun accuse un retard par rapport à plusieurs pays comparables. Ces contraintes compliquent sa progression vers le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.
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La pauvreté progresse malgré la résilience de l’économie
La croissance enregistrée ces dernières années n’a pas permis d’enrayer l’augmentation du nombre de personnes vivant dans la pauvreté.
Selon les estimations présentées dans le rapport, le nombre de Camerounais disposant de moins de 3 dollars par jour, en parité de pouvoir d’achat (PPA) de 2021, est passé de 7,1 millions en 2021 à plus de 8,4 millions en 2025.
Cette évolution s’explique notamment par la combinaison d’une croissance économique relativement faible, d’une inflation persistante, d’une création insuffisante d’emplois et de chocs récurrents.
Les effets de la croissance restent par ailleurs inégalement répartis. L’augmentation des exportations de cacao a notamment soutenu les revenus de certains ménages ruraux. En revanche, les troubles postélectoraux et les interruptions de services ont pénalisé les activités informelles dans les zones urbaines.
Les perspectives de réduction de la pauvreté dépendent ainsi non seulement du rythme de croissance, mais également de la capacité de l’économie à générer des emplois productifs et à améliorer les revenus des ménages.
Les troubles postélectoraux ont pesé sur l’activité économique en 2025
L’activité économique a également été affectée par les troubles postélectoraux et les mesures de confinement, qui ont particulièrement perturbé le secteur des services.
Sur le plan extérieur, les performances des exportations de fèves de cacao ont constitué un élément favorable. Toutefois, elles n’ont pas suffi à compenser les baisses continues de la production pétrolière et des exportations de grumes, tandis que les importations ont augmenté.
Dans ce contexte, le déficit du compte courant s’est creusé, passant de 3,4 % du PIB en 2024 à 4,2 % en 2025.
L’inflation a néanmoins ralenti pour s’établir à 3,4 % en décembre 2025. Cette évolution a été favorisée par une politique monétaire restrictive, le contrôle des prix et la diminution de l’inflation importée.
En juin 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a repris un assouplissement progressif de sa politique monétaire. Son taux directeur est ainsi passé de 4,75 % à 4,5 %, après les mesures de resserrement introduites à la fin de 2025 pour faire face à la détérioration des avoirs extérieurs nets.
Le service de la dette absorbe une part croissante des ressources publiques
La situation budgétaire constitue l’une des principales contraintes pour les autorités camerounaises.
Le déficit budgétaire est passé de 1,5 % du PIB en 2024 à 2,2 % en 2025. Cette dégradation est principalement liée à la diminution des recettes pétrolières et des recettes non pétrolières, affectées notamment par les troubles postélectoraux et les mesures de confinement.
Le déficit primaire non pétrolier s’est également légèrement creusé pour atteindre 2,6 % du PIB. Dans le même temps, les dépenses courantes sont restées élevées, notamment en raison des dépenses liées aux élections, tandis que les dépenses en capital ont diminué.
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Le ratio de la dette publique rapportée au PIB a toutefois reculé, passant de 44,8 % en 2024 à 43,8 % à la fin de 2025.
Malgré cette baisse, le poids du service de la dette continue de peser lourdement sur les finances publiques. En 2025, il représentait environ un tiers des dépenses totales, contre un peu moins de 10 % en 2013.
Les paiements d’intérêts ont également augmenté pour atteindre 1,4 % du PIB.
La dette publique est considérée comme soutenable, mais les risques de liquidité restent élevés. Les recettes d’exportation ne suffisent pas à couvrir intégralement les besoins liés au service de la dette extérieure, ce qui accentue les tensions sur la gestion des finances publiques.
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Budget 2026 : des ambitions sociales confrontées aux contraintes financières
Le budget 2026 affiche une volonté de promouvoir une croissance plus inclusive, avec des mesures destinées à réduire la pauvreté et les inégalités.
Parmi les initiatives annoncées figure l’affectation de 50 milliards de FCFA à un fonds spécial visant à renforcer l’autonomisation économique des femmes et à favoriser l’emploi des jeunes.
Cependant, l’alourdissement du service de la dette réduit les marges de manœuvre disponibles pour financer les programmes sociaux et les investissements nécessaires au développement.
Les dépenses sociales ne devraient ainsi représenter que 17,9 % du budget en 2026. Cette contrainte budgétaire pourrait ralentir les progrès en matière de niveau de vie et de développement humain.
L’enjeu consiste donc à concilier les impératifs de financement de la dette avec les besoins croissants en matière d’éducation, de santé, d’emploi et de protection sociale.
Des réformes structurelles nécessaires pour relancer le développement
Au-delà de la conjoncture économique, les difficultés du Cameroun mettent en évidence la nécessité de réformes structurelles.
L’amélioration de la productivité, la diversification de l’économie et la réduction des déficits d’infrastructures apparaissent comme des leviers essentiels pour renforcer le potentiel de croissance.
Le développement du capital humain et l’amélioration de la qualité des services publics constituent également des priorités. Le renforcement de la décentralisation pourrait contribuer à rapprocher les services des populations et à améliorer la réponse aux besoins locaux.
La capacité du pays à créer des emplois productifs, à élargir ses sources de revenus et à rendre la croissance plus inclusive sera déterminante pour inverser la tendance de la pauvreté.
En définitive, le Cameroun fait face à un défi qui dépasse la seule accélération de son PIB : transformer sa croissance économique en amélioration tangible des conditions de vie, tout en préservant la soutenabilité de ses finances publiques.








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